Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
Une toute petite séquence érotique !
Le menuet anime ses jambes menues d’habitude serrées sous sa jupe, muettes et timides, résistantes à toute manifestation de compliments. « Tes jambes gagneraient à bouger, si fines et si joliment dessinées ! » Là, perchées sur la pointe de ses pieds ciselés, chacune échappe à la chaude proximité de sa jumelle pour s’égayer aux douces amplitudes du menuet. Ses mollets nus se contractent dans leur ascension vers le genoux, un peu fiers de cette sensuelle exhibition. Pliés pour se saluer, emportés comme par un rire élégamment contenu, ses genoux abondent en révérences semblant acquiescer chacun au nouveau jeu de l’autre. Les délicates rotules forment de petits cœurs tendus sur le front tandis qu’au creux poplité s’étirent deux légers tendons qui soulignent un contour subtile comme nuque soyeuse. Menuet léger ! Menuet tendu ! Menuet charmant ! Menuet dansé ! Les jolies formes cadencent le pas !
Le goût du plaisir frissonne sur la peau. La ronde ancienne ajoute au charme des gestes féminins. La jupe, même si ses dimensions chantent la présence de notre temps et soulignent la forme effilée de ses cuisses, s’accroche à la main gauche sur un long doigt détaché, remonte le long de la peau satinée vers le très haut point de flexion du fémur qui respire sa libération. La cuisse paraît longue, longue, fragile et pourtant assurée de son succès.
Cette admirable jambe gauche si souvent gardée secrète se libère en contorsions et explorations qu’un menuet désuet autorise aujourd’hui. Du bout des doigts ou de la brosse, quel peintre bouderait les délices d’un tel trait à traverser la toile ?
Trop de regards te griffent, ma chérie, et moi-même je m’enivre à t’admirer. Que se termine la scène ou je ne réponds plus de rien ! Tes pieds seuls, déchaussés, libérés, m’invitent aux baisers les plus fous. Tes chevilles délacées, tes interminables jambes aériennes, ta cuisse et la courte dentelle de tes dessous qui flirtent avec nos yeux ! Détails trop fins pour émotion trop forte !
« Arrêtez la musique ! »