Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
Béatrice en combinaison de ski cherchait la clef du studio.
Ludovic étonné cherchait la combinaison de son cadenas.
Sur le pallier, dos à dos, deux jeunes, cognés devant leur porte.
Derrière la porte, les vocalises de l’aïeul impotent amusaient Ludo.
Dedans son sac, « comment la clef se volatilise-t-elle ? » se demandait Béa.
J’étais là, sauterelle sur la feuille au dessus du poussoir, sur le verbe « oubliez » ;
« N’oubliez pas de refermer la porte d’entrée pendant la nuit. »
Doucement, Béatrice me souffla dessus en appuyant sur le poussoir.
L’éclairage permit à Ludovic de remarquer que la punaise était tombée,
Libérant la feuille griffonnée qui reposait maintenant sur la moquette.
Je restait ébouriffé sur le verbe « oubliez » du papier.
Béa, délicate, ramassa la notice, oubliant la punaise.
Elle se piqua le doigt et Ludo s’excusa en pressant le poussoir.
Les regards se sont croisés. Les visages ont souri.
La punaise retomba. Au chewing-gum la feuille fut recollée.
Je me suis envolée, égarée, dégageant « oubliez ».
Chacun d’eux retrouvait ses esprits, qui la clef, qui la combinaison
Sur laquelle l’un et l’autre attentivement avait posé les yeux.
Ludovic et Béatrice sont maintenant mariés, les soucis oubliés.
Leur enfant curieusement collectionne les sauterelles
Qu’il punaise sur des feuilles joliment colorées. Eric pique.
Au bout de son doigt un grain de beauté comme s’il s’était piqué.
A sa ceinture un petit cadenas dont il donne toujours la combinaison.