Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
Poème de Fernando Pessoa dans "je ne suis personne" édité chez Christian Bourgois
Quand viendra le printemps,
Si je suis déjà mort,
Les fleurs fleuriront de la même manière
Et les arbres n'en seront pas moins verts qu'au printemps dernier.
La réalité n'a pas besoin de moi.
je sens une joie énorme
A la pensée que ma mort n'a aucune importance.
Si je savais que demain je vais mourir
et que le printemps est pour après-demain,
Je mourrais content, de ce qu'il soit pour après-demain.
Si tel est son temps, quand devrait-il venir sinon en son temps?
J'aime que tout soit réel et que tout soit exact ;
Et j'aime ça parcequ'il en serait ainsi, même si je n'aimais pas ça.
C'est pourquoi , si je meurs à présent, je meurs content, parce que tout est réel, parce que tout est exact.
Vous pouvez prier en latin sur mon cercueil, si ça vous chante.
Si ça vous chante, vous pouvez danser et chanter tout autour.
Je n'ai pas de préférences pour le moment où je ne pourrai plus avoir de préférences.
Ce qui sera, quand ce sera, voilà dès lors ce qui est.