Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
Les mots courtisent les sens. Et l’essence de l’âme ne dit mot qui ne parle de sens.
Une douce peur de dire excite les muscles d’un sourire furtif et les mots dits là, quelque fois en retard, donnent le sens de la vie, cette vie qui, saisie, les précède quand ils tardent et, lascive, les suit quand ils caracolent au devant.
L’avis des mots sur la vie n’a de prise avec les sens qu’à se fondre dans la vie décalée des mots qui s’échappent par le devant, galopant sans retenue, ou qui souffrent quand ils sont tenus.
Certains s’échappent comme une volée d’étourneaux. On le voit à la surprise de la bouche qui se forme en mâchoire dévoreuse de pomme ou de pêche mûre et qui supporte, honteuse de son impudique nudité, la main qui vient lui demander de se taire. D’autres forcent le passage. On le voit à cette bouche qui, de peur de s’ouvrir, garde les lèvres pincées comme pour les empêcher de sortir. Mais ces mots retenus poussent les dents à s’entrouvrir et se glissent au travers des lèvres humides, comme des corps mous glisseraient sur un toboggan huilé.
La vie des mots devient parfois surprenante, haletante, indépendante, sauvage.
La mèche, enfin allumée, illumine la mine radieuse du mineur de la mine qui lamine d’un coup tout un pan de la montagne miné. C’est, mine de rien, le mineur lui-même qui l’allume et mime le signal de l’explosion pour que ses compagnons de mine, comme lui, explosent de leur sourire illuminé de mineurs à l’air animé. La lecture de leur mine satisfaite parle de leur mine de mineur assidu. Depuis des générations, la mine les fait vivre, eux et toute la famille. C’est une mine de bonheur. Nulle impression minable dans la mine !
Qu’un fort des halles réconforte une souris en larme, et ses forces se font douceur de persuasion, empathie et compassion. La souris le retourne comme une omelette, pour quelque goutte qui roule sur une joue poudrée. J’ai besoin d’un café bien fort et de ta présence chaleureuse.
Le géant, qui porte d’habitude quatre cent kilos de viande fraîche, se plie alors à soutenir un petit cœur de plume qu’il n’ose caresser de peur d’être maladroit ! Tes lèvres, ton parfum, tes seins, tes hanches, si délicatement dessinées sont plus forts que tout. Je tremble de me déposer. Je titube autour de mon axe d’acier. Je glisse en rappel à vos appels.
Comme à chaque fois, je fonds de vos yeux humides. Je baigne dans vos prunelles fauves et remue mes tripes en paquets pour boire ce pot, au feu de vos amours soulagées. Nous nous aimerons ce soir ! La puce ! Sa main puissante remonte doucement le menton de la puce !
Le sourire de sa souris fond les soucis et lui de froncer les sourcils pour lui demander de le laisser refaire le fort jusqu’à la pause. Elle, de prendre la pause de la mijorée qui se sent aimée et feint de ne pas le montrer. Fort de café ! Les larmes ont séché ! Le fort refait le fort ! Il est lumineux, fier sous sa charge au point de manquer la marche. Hésitant, il disparaît dans l’office du boucher. Les autres le voient ! C’est clair, il éclaire !