Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
Concert exceptionnel Samedi soir sur le parvis de Notre Dame de Pitié, sur la colline de Sanary-sur-mer. Sous les étoiles, température idéale, scène privilégiée loin du tumulte touristique du port.
Oser se présenter hors des circuits professionnels, au delà des grands spectacles outrageusement médiatisés, nous paraît tout à fait anachronique. Pourtant il fut un temps où les orchestres de chambre agrémentaient les soirées privées ou parfois communales, un temps où les musiciens étaient nombreux, tous amateurs de ces délices du concert discret, en famille avec quelques proches. C'est ce qui nous est arrivé ce Samedi soir. J'avais personnellement le plaisir de côtoyer les soeurs du pianiste sur les chaises confortables du parvis, ce qui rendait la soirée presque intime malgré le nombre des spectateurs.
Oser commencer le concert par deux sonates de Scarlatti qui demandent beaucoup d'agilité, comme pour une mise en... doigts, réussir au delà de la technique à toucher les sentiments par la variation des rythmes et des sonorités, dans les dix danses hongroises de Brahms, Laurent Penalva l'a fait. Il a même présenté humblement son travail en prévenant l'assemblée qu'il "tentait cette rude tâche". Entre Scarlatti et Brahms, entre délicatesse ciselée pour l'un et puissance pour l'autre, puissance des mouvements envoûtants qui font danser les corps, Laurent nous enchantait avec Joseph Haydn dont une de ses dernières compositions laissait entrevoir les jeux joyeux de sa plus tendre enfance, la raison très justement avancée par l'artiste pour nous orienter sur une écoute particulière de cette oeuvre.
Le pianiste est un virtuose, qui, dans les retours sous les applaudissements, nous a offert le célèbre Asturias d'Albeniz que nous ne nous lasserons jamais d'entendre, et deux petits morceaux d'un auteur contemporain, pièces qui ne manque ni de charme ni de dissonances. Sensible et humble, discret pour rester confidentiel, Laurent Penalva choisit de rester votre ami et se propose de jouer chez vous, plutôt que le professionnalisme déshumanisé et hors de prix... Mais il vous faut un piano !
Bravo à l'artiste, bravo aux organisateurs, à l'année prochaine.