Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
Au Toursky, le film de Gérard Mordillat d'après la pièce de Frédéric Lordon, pièce du même titre.
Je retiens ces mots du réalisateurs : banquiers et politiques tournent dans le même espace, (une friche industrielle dans le film), et leur langue, celle que nous diffusent les médias, n'est qu'une tromperie permanente.
Le texte de la pièce est en alexendrins, et le fait pour nous d'utiliser une autre langue que la leur est un premier acte de résistance au mode d'occupation sémantique qu'ils nomment la communication.
Un exemple, nul ne parle plus de " plan de licenciement ", mais " de plan de sauvetage de l'emploi ", appelé aussi plan social ! Celui qui a pondu cette audacieuse duperie est un génie !
Je donne un autre exemple. On ne parle plus de la "sécurité de l'emploi " mais de la " flexsécurité ", ce qui nappe le tout d'un épais brouillard.
Et si chacun pensait, au lieu de "crise", au mot "escroquerie", nous aurions instantanément l'image des escrocs qui sont en train de spolier toutes les richesses du peuple. Et nous savons qui ils sont.
Mais pour revenir aux alexendrins, il faut reconnaître que c'est une langue absolument merveilleuse, et que l'artisan de ce langage, l'artiste du verbe, développe ici une arme puissante à laquelle nos soi-disant élites ne sont pas préparées.
Un film à voir et à revoir, pour en savourer de plus amples morceaux. On peut craindre qu'il ne soit pas beaucoup diffusé dans les circuits officiels, alors, ne le ratons pas.