Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
N’hésitez pas, si vous passer dans les Bouches du Doux, par ce mystérieux village d’Entresseins, à visiter la droguerie de Madame Claude, Kalinka de son joli prénom, où se présente à tous les rayons ce dont vous rêver de consommer. Oh ! Rassurez-vous ! Rien n’est gratuit dans ce domaine, mais vous n’aurez rien à payer. Les délicieux objets proposés par Kalinka en font la renommée jusqu’au bout du Transsibérien. Laissez-vous séduire et goûter ces minutes d’imaginaire reposant avec lesquelles vous aller danser le mambo.
Toute indication sur la qualité des marchandises se décline à la main sur de belles pages calligraphiées par Kalinka, passionnée tout autant par ses découvertes que par leur présentation. La variété des encres dans leur couleur et leur tracé s’harmonise avec le contenu des objets au point que chacun en saisit la fragrance comme emporté par le rêve du voyage qui s’inaugure.
Sur la première étagère tapissée de fine dentelles blanches, quelques flacons de verre emplis de petits bonbons colorés laissent pendre sur leur col comme des écharpes de papier maïs où se lisent leurs noms. « Touche de préliminaire. Pointe de tendresse. Miel d’abandon. Prélude en caresses. Note de patience. Soupir d’étreinte. Lèvres offertes. Muscat de baiser.» Autant de douces sucreries que conseille Kalinka pour éveiller l’appétit. Elle présente souvent cette étagère comme un cocktail de mise en bouche, et prend soin de préciser que chaque pastille se déguste lentement dans un cérémonial d’ouverture où le partage des promesses affûte le désir.
Sur un pan de mur décoré de grands dessins d’enfants, les rayonnages permettent l’exposition de grandes boîtes enrubannées sur lesquelles s’accrochent les étiquettes finement découpées. Leur lecture pousse aux rêves les plus fous. Il convient de les lire avec modération. La plus grande contient des amours passionnées, roulées en langues chocolatées, fourrées de pépites taquines. Sa voisine, d’un bleu profond peine à retenir des amours folles sur nougatine au miel de soucis, arrosées de liqueur de propolis. Nul n’échappe a cette étiquette rouge : noix de cajolines au lait tendre de baiser, truffées de fraîches pensées. Comment passer à côté de la suivante ? Cire de contact pour caresses enhardies, aux parfums d'ambre, de jasmin, ou de coriandre. Bien sûr, la dernière interpelle : berlingot de folie sur velouté parfumé au zest d’amant amen. Kalinka, sûrement susurrera ici tout doucement que des petits cadeaux surprises se cachent dans chacune des boîtes. Dans l’une cette petite fiole d’amour à pulvériser, ailleurs le tube de griserie fiévreuse, ou encore le pot d’amour renversé en crème de félicité. Une fois même, on pouvait trouver la gazette des pulsations avec son CD de musique aphrodisiaque. Il peut y avoir aussi le chewing-gum aux extraits de gingembre affolant et ces bêtises au suc d’effeuillage frénétique.
Ne partez pas sans avoir apprécié les bocaux d’amour à l’argile verte, ceux de respect profond aux huiles essentielles des baies de la Réunion, ou aussi les perles de petits plaisirs éphémères, les colliers de sourires en bijoux d’émail, les contractions de mots doux et les zooms de délicatesse, les assemblages de sensations et le château des promesses dont Kalinka dit parfois qu’il est la réplique même de ceux qu’on peut trouver en Espagne.
Reprenez alors votre souffle et dites à votre partenaire bien aimée que cette lune de miel s’illumine juste avant leur retour et qu’il ne sera plus jamais question de mettre en boîte son être adoré.