Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
Il arrive parfois - sans que je m'y attende et sans que rien m'y prépare - que l'asphyxie de la vie ordinaire me prenne à la gorge, et que j'éprouve une nausée physique de la voix, des gestes de ce qu'on appelle nos semblables. Une nausée physique directe, ressentie directement dans l'estomac et dans la tête, stupide merveille de la sensibilité éveillée ... Chacun des individus qui me parlent, chaque visage dont les yeux me fixent, m'affecte comme une insulte, une ordure. Je suinte par tous les pores une horreur universelle. Je défaille en me sentant les sentir.
Et il arrive presque toujours, dans ces instants de détresse stomacale, qu'un homme, une femme, un enfant même se dresse devant moi comme le représentant réel de cette banalité qui me donne des haut-le-coeur. Non pas son représentant en vertu d'une émotion que j'éprouverais, subjective et raisonnée, mais bien d'une vérité objective, réellement conforme, du dehors, à ce que je ressens à l'intérieur, et qui surgit par une sorte de magie analogique, en m'apportant l'exemple même de la règle que j'ai établie.