Septembre 2009
L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.
L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.
Grande expédition punitive dans le quartier de Sainte Marguerite ! Une maison sur deux ont été saccagées
par les soldats de l'armée d'occupation. Tous les hommes de l'avenue Charles Fabry sont alignés sur la chaussée, accroupis, le mains sur la tête, depuis six heures ce matin. Femmes et enfants ont
été enfermés dans des garages, à proximité. Les soldats ont eux-mêmes tourné les clefs dans les serrures. Quand un homme donne des signes de lassitude ou change de position, il est roué de coups.
S'il ne reprend pas sa position dans les meilleurs délais, il est embarqué. Sa maison est fouillée selon l'expression de l'armée. Les objets de valeur disparaissent, les bijoux et les quelques
économies dont il a fallu chercher la cachette en vidant tous les tiroirs, en éventrant tous les matelas et coussins, en allant même jusqu'à dé-sceller les carrelages de la cuisine ou de la salle
d'eau avec des pieds de biche.
Non contents des dégradations dont ils se réjouissent, les soldats souillent tous les tapis et fauteuils
de leurs excréments, pissent dans le réfrigérateur qui déjà ne contient pas grand chose vu les coupures intempestives de courant. Ils tirent des coups de feu dans les lustres et dans les
tableaux, cassent tous les carreaux des fenêtres et arrachent les tentures qu'ils prennent un malin plaisir à découper en lanières.
Un homme ne peut garder sa posture parce qu'il a déjà reçu une balle dans le genoux droit. Il se lève
donc, et tente d'expliquer par gestes son handicap. Il est froidement abattu de deux balles dans la tête.
L'armée communiquera sur le sujet ! Dans le journal du soir, elle précise qu'un enquête sera ouverte
pour connaître exactement les circonstances de cette "légitime défense". Chacun sait que les résultats de l'enquête sont déjà rédigés.
Un terroriste a voulu s'opposer aux forces de sécurité.
Dans la famille Sarahoui, dont certains proches habitent cette avenue, on s'est précipité jusqu'à
l'Hôpital de la Conception, pour attendre les ambulances, parce que les expéditions de ce genre font toujours de nombreux blessés parmi les civils. Aucune ambulance n'est arrivée dans la soirée.
Femmes et enfants sont toujours enfermés dans les garages. Ils n'ont ni eau, ni de quoi manger, depuis déjà vingt longues heures.
Le lendemain, toujours rien avant douze heures. Les ambulanciers expliquent qu'ils ont eu l'ordre de
rester stationnés dans la cour de l'Hôpital Sainte Marguerite. Et depuis six heures du matin, après avoir recueilli certains blessés, ils sont bloqués au contrôle du Prado et viennent d'être
autorisés à passer.
Quatorze morts, dix huit blessés très graves, les enfants et les femmes ont été libérés dans la matinée
après trente heures, debouts, entassés dans les garages, sans aucun soin. Une enfant diabétique est retrouvée décédée. Treize ans.
Abdu soutient que la situation n'existe pas seulement dans la bande de Paca.