Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
Septembre 2009
L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.
L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.
Une affiche fut collée dans la nuit sur trois portes d’entrée des immeubles Rue Paradis, numéro 387, 389, et 391. Le tampon de la Préfecture de Marseille, annexe Rue Edmond Rostand, atteste du caractère officiel de l’annonce, mais aussi du trait inéluctable de son exécution. L’armée d’occupation de déroge pas à ses décisions.
« Mesdames, Messieurs, habitants de ces appartements en toute illégalité puisque les authentiques propriétaires se sont manifestés, en portant plainte auprès de Monsieur le procureur de la République pour spoliations de leurs biens et usage de faux titres de propriété, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, il vous appartient de quitter les lieux et de rendre ces biens à leurs propriétaires sous trente jours, délai au delà duquel interviendront manu militari les forces de maintient de l’ordre, sous les directives de Monsieur le Préfet.
A titre exceptionnel, et dans le but d’un apaisement des tensions que cette démarche génère, une autorisation de sortie de la bande de Paca vous sera délivrée, si vous en faites la demande, dans le cas précis où vous souhaiteriez déménager dans les territoires libres, et aussi, à la condition expresse que vous ne cherchiez plus à revenir habiter Marseille, pour quelque raisons que ce soit. Les services de la Préfecture vous remercient de votre compréhension... »
Dans cette Rue Paradis existent sans se mêler ni même se parler deux communautés séparées non pas par une confession quelconque, mais plutôt par les convictions politiques très tranchées, entre résistants et « collaborateurs », ce mot nouveau dans la bande de Paca, qui sonne là comme pour réveiller de mauvais souvenirs. Ces gens sont actionnaires dans plusieurs affaires de Provence et, pour certains, de groupes financiers de grande envergure. Ils ont des laissez-passer permanents et travaillent souvent à Aix, plus rarement dans le centre de Marseille, tour CMA CGM. Les résistants, petit à petit se voient écartés de leur lieu de vie, tandis que des nantis sont heureux de s’y installer.
Grignoter ainsi certains quartiers, en bombarder d’autres, détruire les hôpitaux et les écoles, on le voit, la politique de l’armée d’occupation n’est pas à la paix, malgré les propos rassurants diffusés sur les ondes.
Trois familles n’ont pas pu partir à temps. Elles sont maintenant réfugiées dans un camp aux Aygalades. Il ne leur reste rien. Mobiliers et biens sont devenus la propriété des nouveaux occupants. C’est heureux d’être occupant dans ces conditions ! Et Rue Paradis !
Je m’en suis ému auprès de Sacha. Pour lui, les méthodes ne sont pas nouvelles. L’occupant s’arroge tous les droits, y compris le droit de transformer les lois. L’ordre, les lois, le droit, la constitution, toujours du côté du pouvoir !
S’il accorde trop d’espace à l’opposition, le pouvoir se détruit.