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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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L’orage


Des coups de vent violents, les portes de la grange qui grinçaient, le tonnerre et les éclairs, tout m’effrayait, jusqu’au fond du lit. J’avais peur que ma petite fenêtre s’ouvre brusquement. Mais je m’ai rappelé que Grand-père avait dit que le chien assis, ça la protège.

 

Je voulais compter jusqu’à dix entre la lumière et le bruit, mais je pouvais pas. La nuit toute entière devenait un monstre et ses yeux regardaient jusqu’au bout de ma chambre, même sur le mur qui touchait mon lit. Sa voix grave hurlait des choses de colère qui me paraissaient injustes. Je n’avais rien fait de mal ! Juste pris un sucre dans la bonneterie. C’est là où Grand-mère cache le sucrier !

Au tonnerre d’après, je m’ai senti comme un noyé, perdu sur l’océan rugissant, attaché sur un vieux bout de bois qui flottait. Je serrais mon édredon, coinçais mes pieds dans les barreaux au bout de mon lit, et des vagues d’une hauteur incroyable m’ont soulevé. Elles risquaient de me projeter au plafond. Mais je voyais même pas le plafond. Pourtant, j’entendais le capitaine du bateau. Il s’étonnait de trouver un plafond nuageux si bas. Il parlait dans la radio de Grand-père, en bas, dans la cuisine. Une corne de brume ! J’entends une corne de brume ! Ils viennent me repêcher ! J’ouvre les yeux, mais juste au moment où le monstre voulait me foudroyer du regard. Il était déchaîné ! Mais je lui ai tenu tête, même si faut pas faire ça ! Alors, il s’est enfui.

Je m’ai souvenu d’un petit livre qui apprend comment se débarrasser des monstres. Règle numéro un, ne pas croire que ça existe. Alors je m’ai persuadé que c’est pas pour de vrai, et même, sans bouger, j’ai réussi à persuader le capitaine de se calmer. C’est parce que le plafond, il peut pas être bas vu que ma chambre est faite dans l’ancien grenier, avec des poutres et un chien assis pour garder la fenêtre. Je crois que j’ai vu son ombre, au chien, même que je croyais que c’était le capitaine. Je m’avais trompé et j’ai eu la colère, ce qui a fait peur au monstre. Et là, c’est la règle numéro deux. Faire peur au monstre quand il s’y attend pas. Alors il est parti, dépité, par derrière la grange et de colère il a mis le feu au grand pin. Moi, je m’en fous parce que ma balançoire elle est accrochée au grand chêne, de l’autre côté. Souvent Grand-père il est dépité, lui aussi, et il part derrière la grange, mais c’est toujours quand Grand-mère, elle a mal à la tête.

Ce monstre de la nuit, il m’a fait une sacrée trouille. C’est aussi comme ça qu’on raconte les histoires de monstre. Alors je m’ai allumé la lumière de chevrette. Euh ! Non ! De chevet, celle que mon Grand-père il veut pas que je touche, sauf si c’est très grave. Là, c’était pas grave, mais après, oui ! J’ai fait tomber le joli vase que Grand-mère avait posé sur le guéridon. Elle l’appelle comme ça pour quand je suis malade. Elle me dit de lui parler, au guéridon, pour que je guéris. « A lui, tu peux parler. Mais le bon Dieu, tu ne le vois même pas ! »

Il y a eu un coup de vent et la fenêtre s’est ouverte. Je crois que le chien voulait sortir. Mais je l’ai crié très fort ! « Non ! Je te vois, puisque je m’ai allumé ! » Et la fenêtre, elle s’est refermée ! Seulement, un carreau a cassé !

 

Sûrement le chien voulait plus rester. J’ai poussé le porte-manteau contre la fenêtre et j’ai accroché dessus tous les vêtements que j’ai trouvés dans l’armoire de Grand-père. Comme ça, il est devenu très lourd et il empêchait la fenêtre de s’ouvrir. Après je m’ai assis un peu pour la surveiller, comme le chien. Mais j’ai pas trouvé ça drôle et mes yeux me piquaient, quand je les ai frottés.

Si jamais le chien revient, je le gronderai pas parce que son travail, c’est pas intéressant. Et puis j’ai quand même besoin de lui.

 

Le vent souffle encore fort mais c’est la pluie qui fait du bruit. Je peux me recoucher, fier de moi et du capitaine. Maintenant il sait comment se débarrasser des monstres. Et la règle numéro trois, c’est d’attaquer le monstre là où c’est le plus faible. Et c’est pour ça qu’il est parti, le chien, c’est pour lui mordre la queue, très très fort ! Et le monstre a couru vachement loin !

 

Moi, je m’ai endormi et j’ai dit au capitaine d’éteindre la lumière quand il verra que je rêve à autre chose qu’au naufrage.

 

Au petit matin, c’est des toc toc à la fenêtre qui m’ont réveillé. Les moineaux,  ils ont frappé aux carreaux pour que j’ouvre parce que le chien il voulait rentrer. J’ai même pas vu s’il était mouillé !

 

Après, Grand-père, il a réparé la vitre. Il s’est mis du mastic partout ! Et je crois que le chien assis, il devait bien rigoler !

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