Il arrive parfois que les mots s'alignent sans conviction sous la seule mélodie qu'ils proposent à leur lecture à voix haute.
La phrase chante alors un nocturne mélancolique, dans la douceur d'un sommeil qui pointe, ou encore quelque variation lancinante à l'évocation de la journée passée. Une bière ambrée, une jolie
fille bronsée, pleins et déliés d'une plume.
Aux dires de mes amis, le sens devient obscur sous les torsades de certaines sonorités enchassées, le raisonnement de la pensée ondule et se complique en vibrations élastiques au moment de faire
sonner les cuivres enhardis pour enrichir les harmonies. Mais le goût de la fugue et le plaisir des échappées en convois de sonorités orchestrales me saisissent et m'apaisent comme une douce drogue
aux contours séducteurs.
Mon impuissance à les conduire aux modérations et cet appétit glouton de perfection qui devrait me prévenir de m'engager sur de tels chemins et qui, tout autant, m'empêche d'y mettre un terme
prématuré, entravent la marche, que je voudrais au pas, et ralentissent du même coup la progression du battement qui syncope son rythme, la base même de sa musicalité.
Aussi l'ai-je décidé, je laisserai vagabonder la pensée selon l'humeur des improvisations, comme des volutes en errance qui finissent dans la torsion calligraphiée des arabesques contrastées.