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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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L’occupation 17 :Tout est possible

  Août 2009

 

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

Sur la place, un vrai carnage ! Des corps morcelés ! Les lambeaux de peau se confondent avec les lambeaux de tissu ! Les membres sectionnés jonchent le sol en se soumettant aux seules lois de la pesanteur ! La vision du chaos est insoutenable et pourtant certains la filment pour que le monde sache.

Les cris de détresse et de souffrance, les hurlements de désespoir d’une mère ou d’un père devant tous ses enfants disposés en ligne près de leur ballon, le vacarme incessant des volontaires qui relayent les appels au secours, les corps enjambés et les bras déchirés qui bougent encore pour montrer le reste de vie ! Symphonie apocalyptique dont les oreilles ne voudront plus jamais entendre les disharmonies, et dont l’horreur annoncera pour beaucoup les déflagrations de leur terme annoncé ! Pour les secouristes, tant de corps se contorsionnent maladroitement sur le bitume et les débris mutilants de feux et d’acier, qu’ils doivent faire le tri, sauver ceux qui peuvent être sauvés. Ils passent et repassent en se forçant à tourner les regards sur les blessures qui condamnent, sur le sang qui s’est déjà déversé, sur les yeux révulsés que certains ferment lentement. Ils ordonnent ici une toile pour un transport précipité, là un brancard avec quatre hommes et beaucoup de précautions, ici un drapeau aux couleurs des victimes, là des draps blancs parce que ce sont des enfants.

 

Ce monsieur, là, on sait qu’il faudra l’amputer de la jambe. Son pied ne tient que par un tendon, et jusqu’au genou, ces brûlures mystérieuses d’une profondeur maximale, un assemblage de charbons de bois !

Ces enfants, ici, les yeux grands ouverts sur l’incompréhensible ! En tas, bras et jambes fracturés et traversés de multiples lames d’acier. Une bouche dit encore des choses en soufflant. Mais hélas ! On ne pourra pas ! Et on laisse la famille ou ce qui en reste, s’occuper des corps !

 

Les sirènes n’arrivent pas à dépasser le vacarme. Les klaxons des véhicules disponibles sonnent le glas d’un peuple dont l’issue n’est pas géographique. C’est le génocide qui crie, qui vocifère dans toutes les oreilles du monde. C’est l’innocence qui perd la face devant la barbarie de l’armée d’occupation.

C’est le blanc qui hurle avant de s’enfoncer dans le noir.

C’est la victoire de la bête humaine sur le monde désorganisé.

 

Tout n’est pas permis mais tout est possible pour l’occupant.

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