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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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L’occupation 16 : L'attente

 

Août 2009 

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

 

Keltoum reste assise sur un tabouret. Son regard interrogateur persuade l’infirmière de lui dire un petit mot d’encouragement juste au moment où le docteur arrive. Yanis a huit ans. Son visage est chargé de brûlures inconnues dont le docteur ne connait pas le degré. Ses yeux sont fermés et boursouflés. Il a perdu connaissance. Son cœur bat très fort, celui du docteur, qui décide une intervention d’urgence. Keltoum pleure de ce regard intense qui semble questionner l’humanité toute entière. Elle peut attendre, longtemps s’il le faut. Elle a déjà perdu son fils ainé lors des dernières interventions de l’armée d’occupation.

Deux heures ! Trois heures ! Le temps passe comme s’il était arrêté. La nuit ne fait pas baisser le rythme des allées et venues dans le couloir des urgences et de nombreux blessés affluent malgré les bombardements. Certains restent dans les civières, d’autres dans les bras de leur proche. Une jeune fille arrive en sautant sur un seul pied, le second pied entièrement ensanglanté de toutes ces petites brûlures inconnues.

Keltoum baisse la tête. Elle ne baisse pas les bras. Elle prie.

 

Mais la folie de l’occupant n’est pas encore à son comble. Les avions bombardent maintenant l’hôpital. Chacun tente de sortir, dans une précipitation maîtrisée, qui obligé d’abandonner son malade, qui résolu à rester ou d’autres à l’emporter pour le sortir de cet enfer. Keltoum est restée. Son fils n’est pas encore là.

 

Sous les décombres, combien d’innocents sont restés ! Les forces pour déblayer manquent.

 

Devant les télés du monde entier, l’occupant ose afficher ses convictions, avec un sang froid qui vous transperce les tripes. « C’est une question de légitime défense ! »

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