Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
Août 2009
L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.
L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.
L’occupant tient les ficelles du pouvoir. Il est obligé d’user de perversion politique et morale pour obtenir la satisfaction de ses propres intérêts au détriment des occupés. Quelques soient les règles internationales, il ne se prive pas de les transgresser. Quelques soient les règles morales, que bien souvent l’occupant dresse lui-même en étendard de sa légitimité, il justifie sans cesse leur non respect selon son bon vouloir.
Depuis le 11 Septembre, tous les régimes usent d’un nouveau paradigme moral. « Nous avons le devoir de protéger les peuples contre le terrorisme, quel qu’en soit le coût. » Entendons par là : par n’importe quels moyens, même illégaux, même immoraux.
Dans le pays d’Icham, l’occupant rase des maisons et déplace des populations, en représailles d’une attaque kamikaze. Dans une partie de son pays, l’occupant interdit tout déplacement, dans une autre il cantonne des gens dans des camps, pour ensuite cibler ces zones dans de ravageuses campagnes de bombardement. Le seul prétexte : ce sont des zones à risques, des lieux où se cachent les résistants dont les activités sont des « actes de guerre » d’après les renseignements de l’occupant. Nommer terroristes des résistants qui font preuve de détermination pour défendre leurs droits, c’est de la perversion.
La perversion dépasse l’apartheid. Elle ne se contente pas de nier l’autre. Elle utilise l’autre à ses fins propres en détournant les lois qui devraient les protéger. Icham vit mourir six de ses douze enfants, deux de ses trois femmes. Il a construit quatre maisons que l’occupant a détruites ou réquisitionnées. Il vit maintenant dans un camp de réfugiés, dans son propre pays, avec une femme et quatre enfants dont aucun n’est scolarisé. Deux des ainés ont été enlevés pour leurs "activités suspectes". Mais, pour que l’occupé survive, toute activité devient suspecte, dans la mesure ou plus aucune activité n’est autorisée, exceptée celle de travailler pour l’occupant avec un salaire de misère. Icham connaît la situation de ses fils en prison. Le peu qu’il peut faire pour eux, il le fait au risque de voir se dégrader encore plus ses conditions de survie, ainsi que celles de sa famille.
Rendre l’autre dépendant de son pouvoir jusqu’à exercer le droit de mort sur lui et sa famille, c’est de la perversion.
D’ailleurs ! Les hauts dignitaires qui défendent ces méthodes ont souvent le mot à la bouche : « il s’agit d’une obligation morale... » Dans toutes les guerres, c’est au nom de la morale qu’il est possible de tuer, violer, piller...
L’occupation c’est la guerre ! La guerre depuis soixante ans, déjà ! Une des plus grande armée d’occupation du monde tente de détruire le peuple occupé sans savoir, malgré sa propre expérience, qu’il n’est pas possible de détruire un peuple.
Comment n’ont-ils pas encore pensé que la seule solution serait d’enlever toutes les pierres de la surface occupée ? A moins qu’aucun armement lourd ne soit prévu à cet effet ?
Icham, sous sa tente, prie pour que les poussières de météorites se forment encore longtemps en cailloux, de telle sorte que ses enfants sachent plus tard comment était le pays de leur père.