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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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L'occupation 9 : L'éloignement

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

Il ne fait pas bon partager la ville avec les occupants.

Chacun avait pensé que nul ne reverrait jamais le mur de la honte érigé à Berlin et qui est tombé il y a une vingtaine d'années.

Mais dans la ville, l'occupant est en train de construire un mur encor plus haut et beaucoup plus long. C'est le mur de la honte à la puissance deux, d'une part parce que l'expérience des peuples montre qu'un mur de séparation ne résoud pas les conflits, et d'autre part parce qu'aucune séparation arbitraire ne peut se justifier que par le racisme et la négation de l'autre. C'est la définition même de l'apartheid : pratique institutionnelle de la ségrégation et du racisme.

 

Dans la partie de la ville occupée, Mohamed ne peut plus renouveler son permis de résidence. Il a épousé, en effet, une femme dont le centre de vie n'est pas la ville dans laquelle ils souhaitent tous les deux habiter. Avoir la ville comme centre de vie, ce qui demande la vérification périodique de nombreux dossiers, est la seule condition pour pouvoir renouveler son droit de résidence. Ce droit est en principe renouvelable tous les trois mois, puis tous les ans, puis tous les trois ans, moyennant de longues heures d'attente au Ministère de l'Intérieur, ou plutôt dans les annexes réservées au peuple des occupés. Mais pour un oui, pour un non, le droit de résidence n'est pas renouvelé. La maison est invendable sinon aux occupants qui exercent une main mise totale sur les circuits immobiliers, et les biens sont finalement dévolus aux occupants qui déploient leur ruses mesquines afin de repousser l'occupé toujours plus loin, plus loin de la ville.

 

Le mur de la honte qui sépare la ville en deux reflète le mur de l'insensibilité qui donne à des occupants tous les droits sur les occupés, astreints à la résistance, non contre ces derniers, mais pour une situation de paix. 

 

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