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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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Les mots vivent

Amis, ennemis, traîtres, fidèles, piquants, enragés, déchaînés, amoureux, savoureux, suaves, inutiles, impensables, utopiques, adorables, des mots, un train de mots, parti un jour d’on ne sait quelle gare pour on ne sait quelle destination ! Pourtant, pour chaque bavard qui se lance comme sur des rails à faire défiler les mots, gare à leur destination !

 

Certains se forment de la matière même de ce qu’il décrivent en piégeant un trait de caractère ou son inverse, je pense à mollet, et dans un transport hasardeux, ajoutent à un autre objet dont ils veulent parler ce même trait de caractère qui ne lui sied pas. Un mollet mou semblerait maladif autant qu’un œuf ne pourrait être mollet en même temps que dur. Si la ouate ne vous inspire pas la douceur et ne vous donne pas envie de vous en entourer, c’est peut-être vous qui êtes malades. (Ou bilingue ! Ce qui pose question ! What ? qui se prononce ouate !) A moins que vous n’ayez trouvé un jour, sur votre chemin, de la ouate dure, ce qui assurément peut se révéler traumatisant. Mais il en resterait une expression incisive : j’ai mordu la dure ouate ! Ce qui pourrait évoquer une chute violente et subite.

 

Train ! Un mot ami, utile à tout bout de champ, non pour le voir passer, mais plutôt pour s’y installer. Pourtant, s’il ralentit le temps qui file inéluctablement, c’est d’une main de fer, et la question se pose de ne point trop railler notre être sur son chemin, en train de fer, ou d’en faire trop, au train d’enfer. Le plus souvent quand se pose la question, nous sommes en train de ne rien faire justement ! Sinon prendre son temps en ayant évité soigneusement, mais tout à fait vainement, d’en perdre ! Et quel temps perdu, en train !

Je suis en train de réfléchir. Alors là ! Devant le miroir, on se demande qui parle ! Moi ou le miroir ? Et si on se le demande, c’est qu’il n’y a pas de réponse. La question est toujours posée quand la réponse n’existe pas. Quand elle existe, on ne pose pas de question. Tu parles ! Ca réfléchit, un miroir ! Même dans le train ! D’ailleurs il ne fait que ça ! Il nous réfléchit l’image d’un être en train de réfléchir dans le train ! Tu parles ! C’est vraiment du temps perdu !

 

Parle ! Un mot traître ! C’est souvent pour ne rien dire ! Comme le montre bien cet autre mot inventé ici pour résumer la situation. Parlementir ! Ils se reconnaîtront, nos élus, qui pensent sincèrement ne pas pratiquer la langue de bois ! D’ailleurs, bien rares sont les mots qui obligent à la même gymnastique de notre appareil vocal. Prononcer R suivi de L n’ai aisé ni pour ceux qui les roulent, (les R), ni pour ceux qui les griffent ou les raclent ou encore les rotent. (Nos amis africains évitent le problème en faisant des R des L ! Allète ton chal. Tu palles comme un noil !) Non, cette gymnastique nous est délicate, à tel point que les rares mots qui nous y obligent évoquent des petits bijoux de la nature, perle et merle, le dernier étant un héros de la dite gymnastique. Un autre mot encore nous égare par la diversité des coloris évoqués, arlequin, qu’un dernier vient ternir parce qu’il sait ternir tout ce dont il parle justement, c’est le parlementaire dont nous ne dirons rien de plus pour éviter d’avoir à parlementer. Tous, parmi nous ; ne savent pas parlementir !

 

Pour mettre un terme à la séquence, nous écrivons le mot fin qui invite par sa sonorité à une autre faim, comme pour éviter que tout s’arrête, tout le contraire de ce pourquoi nous l’apportons ici. Faim d’une autre séquence ! Pour celle-ci. Fin !

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