Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
Si j’entreprends de montrer la futilité des choses, des rêves et des actes, je doute déjà de l’utilité d’une telle entreprise, ressentie plus en réflexion perdue qu’en acte résolument impossible. Mais le désengagement me serait plus douloureux encore que l’engagement parfaitement inutile à la tache de décrire ce petit rien qui nous tient tellement à cœur et nous soutient en son cœur. Chacun a déjà posé la question à un proche : « qu’est-ce que tu as ? – Rien ! »
Chaque mot pourtant s’avère déjà inapproprié avant d’être choisi, en désespoir de cause, - comme le laisse souvent dire notre traître inconscient - d’être choisi dans la liste des incongruités à épeler. Tant pis ! C’est encore pire de décevoir que d’être déçu ! – Je ne sais pas pourquoi, d’ailleurs ! –
Il faut donc s’acharner, comme si c’était vivre, quitte à reconnaître la vanité de cette vie, ou, pareillement, la futilité des choses, malgré la fluidité des démonstrations. Il faut se battre pour donner à prendre, plus qu’à comprendre, que l’être humain n’est qu’une illusion, plus vite disparue qu’elle n’apparaît à la conscience. La saisir, en prendre conscience, ce n’est qu’une illusion. A la nommer « l’être humain », on lui dessine un contour, très flou au demeurant et peut-être à dessein, qui s’efface en un éclair à émietter ses sonorités jusqu’à en faire « lettre u main », ce qui souligne toute notre candeur à nous accrocher aux phonèmes pour tout expliciter jusqu’à l’illusoire indécence de l’illusion même.
Car, oui, elle témoigne de l’indécence, notre capacité à bâtir du sacré sur d’illusoires contours mal ébauchés, encore moins ébavurés. « L’être humain, c’est sacré ! » Hum ! L’autre peut-être, encore qu’il soit difficile de le définir sans tomber dans l’incommensurable bêtise de penser l’autre en se croyant soi ! Que l’autre soit, et je suis ! J’en doute !
Réflexion faite, et donc en soi totalement dépassée, l’animal précité serait bien le seul à se croire. Et qui plus est à se croire sacré !
Quelle pauvreté de l’esprit le prévient-elle de plutôt se voir tout prochainement et inéluctablement massacré ?
Insanité que cette paupérisation de l’esprit ! Insoutenable décrépitude de la pensée qui n’a de cesse de panser sa lèpre en s’accrochant à ses souvenirs illuminés du Siècle des Lumières dont il embaume les seuls rots qui témoignent encore de sa survie dans le noir absolu de son non-être persuasif. Il est beau son rot comme était beau son lavabo dont le succès chanté sur les toits donnait l’échelle de la dégénérescence du soi !
Et moi – qui sait ? - je me plais à balancer la démonstration au-delà de l’absurde pour m’ensevelir avec délectation dans la vanité de ces propos dont j’aurais, au moins, et sûrement ri ! Mais si ! Ri ! Assis !