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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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Les petits rappeurs

Du haut de la falaise, deux gamins rappeurs en herbe défient leur peur en fixant les rochers sur lesquels se jettent de lourdes vagues. Ils restent les yeux fixés sur le scintillement des galets mouillés. Ils ont mal. Le froid les envahit par les pieds. Ils ont l’impression de pénétrer la terre, leurs racines s’allongent sous la lande. Ils auront de belles sensations à chanter.

Ils ont parié qu’ils pourraient s’immobiliser jusqu’à la tombée du jour, face à la brise glaciale qui vient du large. Mais, déjà, sans rien dire, les yeux piquants de douleur, ils se rassurent en cherchant le contact. Fiers et engagés, ils cèdent à nouer les deux bras voisins et ne font plus qu’une seule forme immobilisée, transie, affrontant les flèches glacées et acérées de la maudite brise du Nord. Ils ne peuvent plus bouger la tête. Ils sentent bien que toute tentative d’oser un mouvement leur serait si douloureux que leur défi vacillerait. Jamais ils n’ont eu si froid et leurs jambes leur donnent cette sensation effrayante de saigner partout sous les morsures de ronces qui se vrillent et s’accrochent dans leur peau comme mille aiguilles hameçonnées sous la toile de leurs jeans. Ils se serrent très fort pour s’interdire de trembler et gardent encore les yeux ouverts cherchant les galets qu’ils ne voient déjà plus.

L’autre main est dans la poche et pourtant elle semble tenir un bouquet d’épines voraces que leur présentent des lianes buissonneuses. La lande est dure, gelée, muette, arrêtée, sauf le sifflement régulier du sale vent qui souffle et lamine le plateau. La lande mange leurs pieds qui ne sentent plus rien depuis un moment. Ils forment une statue de marbre. Les larmes seules et les clignements d’œil, de plus en plus rares, signalent au monde absent qu’une vie anime encore ces jeunes corps. Le cœur peut-être aussi qui a bien ralenti ! Ils ne voient plus le jour et ne se sont même pas rendu compte que la nuit avait déposée sa couverture glaçante.

Ils ne respirent plus. La statue se penche légèrement vers la falaise. Les yeux sont fermés depuis peu. Les larmes ont gelé. Les cœurs battent de quelques coups agonisants. Encore tiède, le bloc de glace roule vers le vide. Les chaussures restent colées sur la terre, un bonnet trébuche sur la lande impassible. Ils serviront d’indices pour les recherches ! La falaise et le vent ont eu raison de nos petits rappeurs en herbe, par un jour très froid. Ils ont gagné leur pari, mais ils ont perdu leur vie.


Dans la cour des grandes barres, nos deux chanteurs débutants défient le public en fixant le haut des balcons où s’étonnent les têtes amusées des petits vieux.

Leur texte a glacé l’auditoire. Les applaudissements leur donnent chaud. Et cette fois, ils sont cloués, non par le froid, mais par les encouragements.

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R
Un moment, j'ai eu peur...Heureusement, ils sont sains et sauf pour pouvoir écouter les applaudissements.
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T
<br /> Ils ont eu peur , eux aussi. Parce qu'ils ne l'ont pas inventé, cette expérience. En tout cas, merci de passer par là !<br /> <br /> <br />