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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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Il y a des jours

Fabrice manquait parfois l’école. Des crises de rhumatismes articulaires l’obligeaient au repos. Mais ce matin là, un lundi, il se levait tôt, content de retourner au lycée, dans cette classe de cinquième qu’il avait dû redoubler pour les raisons citées plus haut.

Son premier cours serait à quatorze heures, un cours de dessin. Madame Pinceau, un pur hasard, l’animait sans grande passion mais honorait Fabrice des meilleurs notes pour récompenser son travail et ses talents. Cet après-midi, Fabrice n’arriverait pas les mains vides et se sentait fier du travail qu’il avait réalisé. Comme il appréciait particulièrement le crayon, il avait réussi une très grand reproduction de la photographie bien contrastée du visage d’Apollon, une célèbre statue du patrimoine romain, reproduction conduite patiemment grandeur nature par la méthode du quadrillage, centimètre par centimètre.


Mais ce lundi matin lui réservait des surprises. Il voulait bien faire et se leva d’un bon pied pour la reprise de ses activités. Tout souriant, avant sa douche, il se rendit autour de la table où les aînés prenaient déjà leur petit déjeuner. Le père était là, qui devait déposer certains au métro sur son parcours. Il accueille Fabrice en remarquant sa mauvaise mine.


« Tu as le teint bien grisâtre ce matin. Tu ne devrais pas te masturber pendant la nuit au lieu de dormir ! »


Fabrice eut soudain envie de rentrer sous terre et de se recouvrir de la moquette. Il sourit pour garder une certaine contenance devant ses frères aînés qui ne dirent mot et rirent sous cape, connaissant un bout de la chose. Fabrice sentit le rouge l’envahir depuis les pieds jusqu’aux oreilles. Dans son pyjama, il eut chaud et ne voulut pas se résigner à baisser les yeux. Il fit comme si ce n’était pas grave mais il connut la honte et la culpabilité, tout ceci mêlé au trouble d’avoir un père aussi maladroit et humiliant.

Le petit déjeuner ne restait pas pour autant sur la table et manger en regardant attentivement son bol et sa tartine beurrée évitait d’avoir à soutenir le regard des autres. Qu’il furent bénis, ce pain et ce beurre qui détournèrent l’attention. Les yeux ennemis finirent par s’éclipser et la voiture par démarrer. Fabrice s’en trouva mieux et plus léger.


Il voulut faire bien malgré tout et s’en fut visiter sa grand-mère alors hospitalisée pour une opération grave. Ses horaires lui permettaient de faire un saut à son chevet, non sans avoir acheté un petit bouquet de fleurs qui lui ferait très plaisir. « Ma visite sera très appréciée ! » se disait-il sur le chemin. Quand il entrait dans la chambre, son bouquet dans le dos, le sourire de l’aïeul l’invita au gros bisou collant traditionnel. Grand-mère se réjouissait de cette visite inattendue quand Fabrice lui présentait le bouquet. Il reçut alors un train d’injures auquel il ne s’attendait pas. Ce « tu veux ma mort ? » lui glace encore la colonne vertébrale comme si un sabre la remplaçait. Les œillets blancs n’avaient rien produit de leur effet escompté et Fabrice regretta d’avoir pris de son argent de poche sans se renseigner d’avantage sur le choix des fleurs à offrir selon les circonstances. Mais, à douze ans et demi, il ne se doutait pas de l’importance d’avoir à respecter les convenances pour faire le bien !


Décidément, ce jour n’était pas un jour ordinaire.


De retour auprès de sa mère, Fabrice s’inquiétait de savoir si son intention pouvait garder une trace de … Il ne savait pas de quoi, mais la réponse lui restera : « Ce n’est pas grave » Rien n’est grave, finalement. « Le bien ou le mal ? » Il a su dès ce jour qu’il ne résoudrait jamais cette énigme.


Après le repas qu’il n’a pas avalé avec plaisir tant son cœur était ailleurs, il prit son dessin pour partir au lycée, n’étant nullement inquiété par les cours qui suivraient, mais plutôt par l’accueil de Madame Pinceau, devant ce travail sur lequel il s’était si longtemps appliqué. Toute sa palette de mines s’étalaient encore sur le bureau de sa chambre, depuis la plus dure à la plus grasse et les papiers buvard noircis pour chaque dégradé nuancé encombraient la corbeille à papier. Il souhaitait bien recevoir quelques félicitations et encouragements de la part d’un professeur de dessin.


C’était sans compter sur la mauvaise foi des adultes. Madame Pinceau le reçut en émettant des doutes sur la méthode. « - Mais, vous l’avez décalqué ! - Non ! Madame ! Je l’ai reproduit. Vous pouvez voir encore la trace des petits marques faites sur les marges pour tirer le quadrillage au centimètre ! - Comment ! Vous êtes insolent en plus d’être menteur ! - Je vous assure…- Taisez-vous ! Vous me présenterez des excuses quand sera présent monsieur le surveillant général et je vais faire prévenir votre père. »


Fabrice était déconfit ! Il n’a pas pleuré mais sentit monter toute la colère que provoquent l’injustice et l’humiliation. Le père, bien qu’aillant assisté au travail réalisé à la maison, ne défendit nullement son fils et cette « lâcherie » l’encourageait encore plus à ne jamais croire en la justice des adultes.


Il aura présenté ses excuses, dans les jours suivants, mais comme un comédien, avec la distance qui convenait pour éviter de ressentir une fois de plus la honte et l'humiliation.

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L
<br /> ce texte sur fabrice est très émouvant et m'a captivé, le style simple est accrocheur, la lecture glisse toute seule. poignant, émouvant super j'adore...................<br /> <br /> <br />
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T
<br /> Merci d'être passée par là ! Je crains que bien des gamins ne connaissent très tôt des humiiations de ce genre, à l'école comme à la maison. Quant à l'entreprise ! Certains vont même jusqu'à<br /> choisir des solutions extrêmes.<br /> <br /> <br />
C
Je sais bien ce qu'il a du ressentir ce gamin, je crois que j'ai connu plus d'un jour comme ça... Heureusement il y a également ceux qui partaient mal qui ont finit en apothéose :)<br /> Bonne soirée Topotore.
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V
Injustice, intolérance, incompréhension, indifference, tous ces in quelque chose qui oublient l'individu, unique et différent.Cela devien insuportable et inquiétant. Ou est la légitimité? Cette affirmation de soi est ébranlée chez un jeune qui cherche sa place... où l'ancien qui se sent largué. Avons nous vraiement évolué? Ne nous comportons nous pas comme la grand mère ou la prof? Avons nous assez de sagesse pour accueillir et encourager l'effort de l'autre?
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T
<br /> L'homme aurait-il plus de facilité pour humilier que pour grandir ? L'actualité nous laisse perplexe quand à ses capacités de grandir les siens, de faire qu'ils s'élèvent au lieu de se<br /> rabougrir.<br /> Merci de réagir à l'injustice.<br /> <br /> <br />
R
J'ai ressenti toute la douleur et l'injustice de ce jeune garçon. Un texte émouvant !
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