Emissaire de mille feux, diamant aux multiples facettes polies, savant de l'articulation, expert de la précision, de la ciselure, de la dentelle, organisateur des broderies et des nuances,
orchestrateur de l'imaginaire, pilier de la symbolique, le mot se fait riche ou pauvre selon l'adaptation présente, puissant ou faible, discret ou grossier, harmonieux ou dissonant selon le
contexte.
Cet assemblage de petites lettres invite à la douceur ou provoque la mort sur une palette de tonalités infinies. Il crée le trouble ou la sécurité. Il pousse aux actes ou mutile jusqu'à
l'inanition. Il est d'un usage délicat comme l'épée à deux tranchants. Il court pourtant dans les rues et sur les ondes sans retenue, parfois provoquant, parfois insignifiant.
S'il est joyeux, il fait sourire et se prononce comme on détaille un bibelot de jade. Une cavalcade, une accolade, une rigolade, bousculade, une dégringolade, une enfilade, une poilade, une
grillade, une oeillade, une marmelade, une rémoulade. Quelle salade se dit la malade devant sa persillade ! J'imagine l'engueulade et la reculade ! Un vraie balade !
S'il fait peur, on n'en parle pas. Fusillade, pelade, noyade, saccade, bastonade, brouillade, ambassade, embastillade, rasade, cannonade, couillonnade, croisade, bourrade, dérobade, embuscade,
empoignade, estocade, escouade, galopade...Mais tout n'est pas boutade ! Monsieur le nomade, même olympiade est très maussade !
Le mot est un joyau. Il est le joyau de la langue. Le mot joyau sonne de brillances évocatrices.
Le mot rivalise d'audace avec "bravitude" comme le mot sensualité, à peine prononcé qui émoustille.
Le mot peut se couvrir de honte et mériter la giffle avec la force de pouvoir "impacter" irrémédiablement l'éthique des échanges. Nettoyage, bavure, rafle, dégât collatéral...
Il prend parfois le pouvoir et "instrumentalise" les mentalités même. Il cache ses projets destructeurs en se travestissant dans les plans de brigants comme "power eight" (on pourrait traduire :
destruction à la puissance huit !) ou pire en se camoufflant dans les sigles humiliants comme "G 8".
Sa richesse ne se mesure pas en euros ni en monnaie de singe, sa richesse dépend des sons évocateurs.
Mais à l'artisan du mot, du bon mot qui survit même à ses traces, il faut rendre la monnaie de la pièce sans craindre que le mot ne soit dans tous ses états.
On va vous débarrasser de toute cette racaille, au karcher, et quand seront confisqués les mots pour le dire, il sera trop tard pour la maudire, celle qui trône, (et foire !). Que leurs mots se
retournent contre eux !
Je suis trop vénère !