L'actualité soumet au public des horreurs inqualifables auxquelles aucun noveliste n'avait jamais pensé.
L'affaire du meurtrier en série dont la présence dans le box ne fait que nous renforcer dans nos convictions les plus inhumaines. Mais quel humain peut-il penser l'inhumain ?
L'affaire d'Eguyère : un jeune homme ne sait pas pourquoi il a tué une petite fille de cinq ans.
L'affaire enfin autrichienne où un père séquestre sa fille pendant vingt quatre ans pour en abuser...
Ce qui me frappe, c'est que nous n'avons pas de condamnation assez forte pour exprimer notre colère. Qui de crier que jamais ils n'auraient du vivre, qui de crier qu'il faut les enterrer vivants.
Qui de penser que la balle dans la tête serait encore une récompense... Qui pour rétablir la peine de mort quand d'autres préfèrent l'enfermement à vie dans le noir...
Nous n'avons là que des échantillons de la condamnation avouée de l'humain qui bien sûr ne profite de ces occasions que pour laisser paraître sa propre inhumanité ou plutôt bestialité. Et encore,
il ne dit pas tout.
L'humain est bestial. C'est un pléonasme. L'animal ne l'est pas.
L'humain sait qu'il provoque la mort. L'animal non.
L'humain détruit. L'animal s'inscrit dans la chaîne alimentaire.
L'humain est brutal, une caractéristique qu'il est le seul être vivant à possèder. La brutalité se définit par la capacité à détruire l'autre. Brutus a tué son père. "Toi aussi, mon fils.."
A condamner le criminel, chacun de nous s'inscrit dans la criminalité. Nul ne peut savoir l'histoire, la structuration, l'héritage, le parcour, l'intensité des pulsions, les désirs, la colère, qui
fait le quotidien du criminel. Souvent, il ne le sait pas lui-même. Je n'excuse rien. Je condamne volontiers comme tout le monde. Mais je témoigne qu'en faisant partie de l'humanité, je suis pourri
comme chacun.
La pensée de ce père policier me paraît exemplaire. Il dit que jamais il ne pourra pardonner le geste criminel de son fils, mais il dit aussi qu'il doit le soutenir dans son profond désarroi, parce
que c'est son fils.
Alors, tous pourris, ou pas tous ?
La conviction profonde des psychologues ou des psychanalystes est que chaque être humain peut devenir fou au point d'entreprendre l'inqualifiable. Tout est en nous potentiellement dangereux.
Heureusement que nous avons des fonctions du cerveau qui tempèrent nos ardeurs. Alors ! Alors, comment condamner l'autre sans avoir les informations suffisantes pour le faire. Parmi nos proches,
nous apercevons bien souvent des situations familiales telles que les prévisions de pétage de plombs se font sans difficultés.