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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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de la topologie

        La rencontre avec la topologie


        Une infirmière de mon entourage se passionnait pour la broderie et recherchait des ouvrages anciens dans les livres. Chez un bouquiniste, elle achetait quelques vieux parchemins quand elle découvrit sur les rayons un livre dont le titre l'a attirée. "Etoffe". "Etoffe 2" plus précisément de Jean Michel Vappereau. Sans regarder le contenu ni la quatrième de couverture, notre infirmière l'acquit pour trois fois rien.

        Après quelques regards jetés au hasard d'un effeuillage rapide, elle décida de me le donner en m'assurant de tout l'intérêt que je lui porterai bientôt. Et là, je dois avouer que notre amie ne s'était pas trompée, ce qui ajoute un argument de poids au soutien de l'intuition féminine. 

       L'auteur est un mathématicien dont je n'avais jamais entendu parler. Ma surprise fut de découvrir que son travail aux côtés de Jacques Lacan avait énormément contribué à l'élaboration de la conception structuraliste de la psychanalyse. "L'inconscient est structuré comme le langage" martèle le psychanalyste en étudiant passionnément la linguistique (F. de Saussure) et les mathématiques dont le niveau d'abstraction permet modestement de s'affranchir des règles du langage, mais partiellement, pour tenter de mener la pychanalyse vers une vraie discipline scientifique. Parmi les théories mathématiques, Lacan découvrit la théorie du jeu, la topologie ou théorie des surfaces, puis la théorie des noeuds. Son ambition était de pouvoir prédire scientifiquement les tours et détours de l'inconscient. Mais bien évidemment, j'ai tourné ici une formule simplifiée qui ne peut prétendre à y réduire son travail.

        Même sans faire de lien à la psychanalyse, la théorie topologique me passionne. En effet, elle permet d'ouvrir le champ de la compréhension parce qu'elle nous sort de cette géométrie euclidienne trop limitée pour imager nos conceptions.  De la rigidité, nous glissons vers une certaine souplesse pour appréhender, plus que pour comprendre, les rapports humains.

         Petite illustration

        Je ne voudrais pas couper court ici sans avoir illustré la souplesse dont je parle.
        Beaucoup pensent que notre président dit tout et son contraire, sur n'importe quel sujet. Nous jouons ici dans une théorie dualiste de l'opposition des extrêmes, blanc ou noir, bon ou mauvais, vrai ou faux, dedans ou dehors. Mais elle gomme les nuances que le langage permet. Du blanc au noir passent les gris variés. Du bon au mauvais défile toute la gamme des sentiments, des impressions, des exigences morales...Etre dedans et dehors reste possible en chevauchant la frontière.
       
        La bande de Moëbius

        Prenons de la distance, et marchons sur la bande de Moëbius (on peut la trouver sur internet). Le dehors se transforme progressivement en dedans au point que ces notions ne veulent plus rien dire. Si le feutre rouge se promène sur la bande pour laisser sa trace, au début nous commençons sur l'extérieur et très vite nous faisons les deux tours sans avoir levé le feutre. La trace se manifeste des deux côtés de la bande qui ne représente qu'une seule surface, avec un seul bord, lequel n'est qu'un pli de la surface de projection.
        Nous devons oublier la représentation de ce morceau de tissu et de son épaisseur pour saisir que sur les bords de ce pli, notre président a pu dire "je suis le président du pouvoir d'achat" et quelque temps après, "voulez-vous que je puise des sous dans les caisses qui sont déjà vides ?". Là, j'ai un peu arrangé à ma façon pour plus de clareté ! Les exemples ne manquent pas.
       
        Autre exemple d'illustration du pli sur la surface : les amoureux se disent "je t'aime", et avec quelle persuasion ! Ce "je t'aime" ne veut-il pas dire aussi et encore "aime-moi !", "aime-moi très fort" sinon, "comment pourrais-je t'aimer ?" Je l'adore, je l'ai dans la peau, et en même temps il (elle) m'enveloppe. Voyez toute la richesse des plis où la forme se perd en mots et où les mots prennent forme.

        Ce qui est absent dans toutes les représentations possibles, ce qui ne peut faire l'objet de projection sur une quelconque surface, c'est le réel, celui qui fait intrusion et traumatisme, mais s'il manque, c'est qu'il passe par les trous. A suivre !
       
       
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