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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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La chaîne des mots

Les maillons attachés forment un solide assemblage dont chaque être humain craint les effets quand il approche de trop près le gros anneau scellé dans le mur. La cheville lui semble déjà douloureuse à la simple évocation de l'enchaînement. Pourtant, ce ne sont là que des mots, ceux-là même qui nous permettent d'évoquer les conditions abominables de certains prisonniers en ce moment quelque part dans le monde et spécialement dans la jungle bolivienne. De part sa fonction, la chaîne soulève à elle seule la brutalité des privations de liberté.

Le mot seul tient cette invraisemblable pouvoir d'évocation mais uniquement parce qu'il est lié à d'autres mots qui forment pour lui l'environnement signifiant. En ce sens, le mot épouse bien la forme d'un maillon. Ce maillon est un tore. Comme l'anneau qui suspend les rideaux, le tore peut être plein ou creux. La chambre à air que l'automobile a abandonnée était un tore creux, dont la dilatation dépendait de la pression d'air insuflé. Mais pourquoi donc parler du tore ?

L'observation de cette forme particulière, surtout quand elle est creuse, nous laisse ravis. La sphère creuse ne permet aucun échange entre l'interne et l'externe si elle n'est nulle part percée d'un trou. Il en est de même du tore. Néanmoins, le tore est tout de même troué de par sa forme. Un trou dans la surface du ballon sphérique provoque la formation de la déchirure appelée bord. Ce bord, un peu comme une boutonnière dans le tissu marque la surface et autorise la fourmis à passer d'un côté à l'autre. On dira qu'elle marche depuis la face visible à la face invisible. Le tore est troué d'une percée qui ne laisse aucune déchirure et donc n'a tracé aucun bord sur sa surface. L'espace confiné reste confiné.  L'air  qui l'entoure et le traverse  n'est pas confiné  dans la forme.

Imaginez que vous habitez dans un vaisseau spatial de cette forme, géant comme la maison de la radio, avec seulement quelques hublots sur la plus grande périphérie. Si personne ne vous le dit, il vous serait impossible de concevoir que l'espace traverse le vaisseau par son milieu, au centre de l'anneau.  Aucune  ouverture ne pouvant se faire, l'espace de vie est alors fermé sur le petit monde intrinsèque de l'aventure. L'habitant ne jouit que de la perception intrinsèque de son environnement.
Un martien, vert ou jaune, voyant de loin cette ensemble pourra en faire le tour et passer par le trou central dans sa machine à sustentation extrasidérale...(cette image n'a aucun support métaphysique, elle ne se présente que pour faire joli !) Le martien donc jouit d'une vision extrinsèque de la chose.
Les notions "intrinsèque" et "extrinsèque" sont différentes de celle "d'intérieure" et "d'extérieure". La sphère trouée n'a plus d'intérieur ni d'extérieur puisque la fourmis ne change pas d'air en passant d'une face à l'autre. Le panier ou le vase contiennent des fruits qui ne sont ni à l'intérieur ni à l'extérieur bien que le langage courant ne nous habitue pas à ces distinctions. Si je suis dans ma bulle, comme le moment présent m'y engage, la perception de mon monde est intrinsèque alors que le lecteur aura une perception extrinsèque de mon élucubration. Il ne comprendra peut-être rien, pour cette seule raison !

Pourquoi est aussi important, dans mon monde ?
Le forme torique convient parfaitement à illustrer ce monde dans lequel je me débats. Je persiste à penser que l'être est singulier, et même singulièrement torique, parce que le social, son environnement socio-culturel, l'ensemble des autres, trouvons-lui encore des noms, le traverse en son axe tout comme l'espace traversait le vaisseau. Il fait l'être par cette manipulation, dans le sens du pétrissage de la motte glaiseuse, et lui donne la forme d'un tore. Ceci permet de préciser que le complément du tore dans l'espace est un tore lui-même. L'espace est un tore pour le tore qu'il traverse. Les deux sont liés comme les maillons de la chaîne.

Et c'est là où je voulais venir, l'individu singulier et le social pluriel sont deux maillons d'une même chaîne. Il nous est alors difficilement possible d'envisager une autre construction grammaticale dans notre langage même, puisque ce langage nous définit. D'où ce titre : la chaîne des mots.
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