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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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Interdits et non-dits

Il est ici question de deux mots qui résonnent en nous et semblent se faire écho. Pourtant, il serait bien difficile d'en donner une définition précise !

 

Ces mots résonnent parce que nous pouvons les associer à de nombreuses expériences vécues. Nous pouvons sentir combien ils nous touchent, combien ils nous parlent. Il nous faut échapper à toutes les théories établies d'avance pour échanger simplement.

Je voudrais faire un parallèle entre la main que prolonge le toucher, et la voix que prolonge la parole. Comme la main la voix est un organe. Comme le toucher la parole est un sens réflexif. Je touche et simultanément je suis touché. Je parle et simultanément je suis parlé, dans le sens où ce que je dis me dit aussi quelque chose. La parole me touche comme le toucher me parle. Et quand je touche quelqu'un par ma parole, je suis touché aussi par l'effet de ma parole. Si la voix est un organe il n'est pas possible de passer outre le fait que le langage, notre moyen privilégié de communication, soit lui aussi à considérer comme un organe.

 

J’énonce cette perception particulière des choses pour que vous saisissiez précisément à quel point je suis vigilant, ou dumoins j'essaie,  à ce que nul ne soit amputé ni de sa voix ni de sa parole ni de son écriture. Chaque organe est constitutif du corps de l'être humain et ce corps est plus qu'un ensemble de cellules biologiques. La parole participe de la dignité de chacun, de son intégrité et de sa spécificité. Nous pouvons échanger le plus simplement du monde à cette condition que cette parole individualisée soit présentée comme élément aussi important pour chacun que la prunelle de ses yeux, selon l'expression habituelle.

 

Ce qui découle de ce principe éthique, c'est qu'il convient de créer un espace vacant pour qu'une parole puisse s'y déposer. Si toutes les vasques sont saturées, je ne pourrais pas ajouter mon bouquet de fleurs et serais contraint d'avoir à le garder. Créer un espace entre nous, c'est limiter nos dires à l'essentiel. Nous n'avons pas beaucoup de temps pour nous permettre de parler pour ne rien dire. Comment faire ? Tout simplement parler de soi et de sa propre expérience de vie. Nous ne parlons pas de ceux qui sont impliqués dans nos relations, mais de nous-mêmes. Et dans les limites de cette simple règle, nous pourrons dire plein de choses intéressantes, intéressantes justement parce qu'elles nous touchent. Que chacun se rassure, à bien enregistrer cette consigne de confidentialité : tout ce que je dis ne parle que de moi, et je suis vigilant à ce que personne ne parle de moi, ne serait-ce qu’en répétant mes paroles sans mon accord. Je ne parle, je n’écris qu'en évoquant ma propre perception des choses.

 

Tout ce que nous pouvons dire ou écrire est déjà là, avant toute lecture ou écriture.

 

Se profile alors une éthique du commentaire de texte. Notre fâcheuse habitude est de maltraiter l’autre en maltraitant ses écrits. – « C’est bidon ! C’est mal écrit ! Son histoire est nulle !… » Si je ne parle qu’en fonction de ce qui me touche, je dirais plutôt que je ne comprends pas ou que je n’ai pas accroché à l’histoire.

             
 (Cet article ne s'arrête pas là ! Il sera poursuivi et modifié ! )
 
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