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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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L’occupation 59 : Saint Mauront résiste

  Octobre 2009

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

Le mur de béton et d’apartheid, celui que les autorités au pouvoir nomment le mur de sécurité, sépare maintenant les habitants de Saint Mauront. C’est un quartier déshérité de Marseille où s’anime une population résistante qui partage souvent la vie des artistes à l’occasion des manifestations et des fêtes du Théâtre Toursky. Nombreux sont ceux qui disent que c’est leur Théâtre. Nombreux sont ceux qui savent que sans le Théâtre, jamais personne ne parlerait du quartier de Saint Mauront. Beaucoup avaient soutenu les précédentes actions de Richard Martin, le créateur du Théâtre, pour que la culture devienne accessible à tous.

Là, le coup est dur. Un mur de neuf mètres coupe l'avenue Edouard Vaillant, jusqu’à la Rue Auphan. Les habitants des numéros pairs, ont mené de longues luttes pour éviter l’expropriation. Ils ont réussi à garder leurs biens grâce aux juges de Marseille qui ont estimé que la voie permettait de faire les travaux et la mise en sécurité des abords de l’ouvrage, à condition que toutes les ouvertures donnant sur la rue soient bouchées. Les habitants garderont ainsi les fenêtres sur les jardins et devront s’entendre avec les voisins pour ouvrir de nouveaux passages pour leurs allées et venues hors de la maison. C’est ainsi que les jardins devinrent de nouveaux lieux de rencontre et que la vie des occupés s’organisait selon un nouvel ordre qui n’est pas l’ordre prévu par le pouvoir.

D’autres résidents par contre, se retrouvent du bon côté du mur ! C'est-à-dire hors de la bande de Paca. Mais leurs fenêtres ne s’ouvrent désormais que sur l’affreux mur en béton qui les prive de toute lumière solaire. Le plus incompréhensible tient au fait que la sécurité du mur est menacée de ce côté par les ouvertures des immeubles. Le troisième étage donne facilement accès au sommet du mur. Et donc, afin de prévenir tout débordement zélé, les autorités installèrent des projecteurs très puissants éclairés toute la nuit pour donner la luminosité suffisante à la vidéosurveillance renforcée, mais cette fois, du côté soit disant libre ! A Saint Mauront, dans certaines rues, le jour et la nuit se confondent et la vie s’organise différemment que prévue.

 

Le plus grave néanmoins, c’est que le Passage Léo Ferré se trouve du même coup muré. Certes les chars avaient fait du Toursky un tas de ruines, mais la détermination des habitants pour le reconstruire ne s’entamait pas. Tandis que la nouvelle situation pose de sérieux problèmes. Pour tuer la culture on ne fait pas mieux. Le mur de séparation divise le quartier entre le Toursky 1 qui se reconstruisait peu à peu et le Toursky 2 qui se maintient avec cordages et cagettes sous le pont de l’autoroute.

Les discussions vont bon train. « Le quartier vivra ! Il ne faut pas que cet ordre se maintienne ! Nous allons rétablir l’ordonnancement qui nous convient ! Nos forces sont décuplées depuis que les méthodes de l’occupant prouvent que les financiers se payent notre tête, car c’est avec nos deniers que les travaux se réalisent pour nous achever ! Nous ne resteront pas enfermés ! Le pouvoir ne nous entend pas ! Il botte en touche ! La touche nous profitera ! »

 

L’occupant ne s’est pas encombré de scrupules. Aucune porte n’est prévue dans le mur et son franchissement ne peut se faire qu’au contrôle de La Rose, ou encore au contrôle de l’Estaque. Mais ces postes ont mauvaise réputation. Pour un oui ou pour un non, ils sont hermétiques et personne ne passe. Sauf bien sûr les privilégiés qui roulent à toute vitesse sur l’autoroute avec leurs grosses cylindrées. Marcel, le tout nouveau Grand-Père, heureux, a dû se rendre au passage de l’obélisque de la Madrague en bus, attendre le car de Cassis, prendre Cassis Aubagne, puis trouver un taxi qui le dépose à Saint Just, en passant par la Valentine, les Olives, La Rose et Malpassé, juste pour rendre visite à sa fille qui venait de rentrer à la maison, avec le bébé, Boulevard de Plombières, à deux cents mètres du passage Léo Ferré.

 

« Ca ne peut plus durer ! Nous allons creuser un passage sous le mur. Le Passage Léo Ferré n’est pas trop surveillé, il se poursuivra en sous sol jusque dans un jardin en face. La cité est calme et n’attire pas l’attention. Nous pourrons sortir par les jardins Rue Battala ! »

Du même coup, l’école pourra continuer à vivre, même si ses ouvertures sont murées sur l'avenue Edouard Vaillant. Si l’école vit, le Toursky vivra, la culture aussi.

 

L’histoire nous dira la résistance des vaillants habitants de Saint Mouront.

 

«  Ils ont refusé le rétablissement de la peine capitale pour la culture, à l’occasion de la grosse affaire de communication sur le fameux Marseille 2013. »

Ce n’est pas de cette culture là qu’ils veulent pour cette capitale. C’est la culture des grandes tours et des gouffres financiers, c’est la culture du béton, du TGV ou LGV, c’est la culture des performances et de la compétition. C’est la culture du toujours plus pour les nantis et toujours moins pour les autres, les pauvres. « Ne vous donnez pas cette peine, Messieurs, la culture politique des citoyens a déjà dépassé le seuil que vous redoutiez ! »

 

 

 

 

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