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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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L’occupation 56 : Le Toursky 2

  Octobre 2009

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

Une grande manifestation se déplace tout le long du Boulevard de Plombière, sous le béton du viaduc réservé à l’élite, une foule de marseillais de la Belle de Mai, des quartiers Nord, de Saint Mauront, de Saint Henri et de l’Estaques qui tous scandent ces mots désespérés : « Non ! Pas le mur ! Non ! Pas le mur ! » et plus loin, « Oui à Toursky ! Oui à Toursky ! »

Les habitants qui doivent quitter leur maison dans le mois, à cause du tracé de ce maudit mur, se sont mobilisés aussi et hurlent dans le milieu du cortège : « Pouvoir assassin ! C’est chez nous ! Qu’on est bien ! Pouvoir assassin ! C’est chez nous ! Qu’on est bien ! » ... « Non ! Pas le mur ! Non ! Pas le mur ! » Ils se dirigent vers la Traverse Léo Ferré, par le Boulevard Battala.

 

Mais Toursky est détruit, des fumeroles s’en dégagent encore.

 

La force que donne aux gens cette volonté de résistance se décuple avec le déferlement des humiliations. Le quartier ne se résout pas à la disparition de leur théâtre. Sous l’autoroute, à la place du parking qui ne sert plus à rien, ils construisent un lieu, monté de tous les matériaux qu’ils peuvent trouver, cagettes, caisses, poutres et chevrons qu’ils arrivent à récupérer dans tous les lieux de destruction, pavés qu’on peut encore dénicher sous quelques couches de macadam poreux. « Il n’y aura pas beaucoup de fenêtres, dit l’un des bâtisseurs de l’illusoire, mais l’important c’est que nous y arrivions avant que les engins ne viennent pour implanter le béton de la séparation. »

Les hommes retrouvent leur savoir faire ! Qui ses ruses de charpentier, qui ses arguments de terrassier, qui sa truelle ou son marteau afin de dresser les murs et les enduire, avec un mélange de terre et de chaux. On y rencontre même des tailleurs de pierre qui entaillent les piliers du pont de l’autoroute pour y coincer des solives. Et le Toursky renaît, en quelques jours, tout neuf, « il n’est pas aussi beau, mais cette fois, il est à nous, disent-ils, nous y serons chez nous, et c’est le plus beau cadeau que nous n’aurons jamais fait à Richard Martin. » Peu importe qu’il n’y ait pas le même confort que là-haut. Peu importe qu’il n’y ait pas la machinerie pour les décors. Il y a la scène, au beau milieu de la surface. La scène, les spectateurs, et les acteurs, ça fait un théâtre.

A la chaux, sur le plus grand des murs sans fenêtre, on écrit TOURSKY 2.

 

La foule se presse autour du Toursky 2. Leurs revendications passent au second plan. On les entend maintenant chanter ensemble en faisant une ronde bruyante autour de la construction : « On a gagné ! On a gagné ! »

 

Les gaz calment l’élan général et chacun se cache dans ses manches pour éviter de trop respirer la puanteur. Les yeux se mettent à brûler et les gorges à racler. Le groupe se contient néanmoins et tente de respirer le moins possible en souhaitant que le petit vent disperse vite les fumées toxiques.

 

Mais de nouveaux véhicules militaires s’engagent dans la Rue Auphan. Ils ressemblent à des camions citernes. A leur passage, les manifestants sont arrosés d’une eau boueuse et putride qui semble avoir été pompée dans les lisiers de porc et mélangée à des fonds de fausse sceptique non activés. Même le purin ne sent pas aussi mauvais ! Des pieds à la tête, ils sont trempés et sentent la merde comme jamais. La débâcle est rapide. La dispersion des occupés s’est effectuée plus vite que la dispersion du produit. L’occupant se gargarise. L’occupé pue.

 

Milan et David était avec moi. L’expérimentation de ces nouvelles méthodes, me dirent-ils, se fait là-bas. C’est ce qui s’exporte le mieux et rapporte le plus. L’occident, bientôt sera aussi fort que leurs maîtres pour contenir les foules rebelles et mâter les terroristes.

Mais l’humiliation peut toujours devenir pire ! Aucun régime ne peut se créer des limites dans ce domaine, parce que c’est la haine qui gouverne.

 

 

 

 

 

 

 

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