Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
Octobre 2009
L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.
L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.
Pour occuper la bande de Paca, l’occupant dépense une fortune, l’expropriation des habitants, la construction du mur de neuf mètres, la nécessité d’implanter des portillons de passage, la mobilisation vingt quatre heures sur vingt quatre de plus d’un milliers de soldats, les armes et les transports, la logistique de guerre qu'ils doivent palier, sans compter l’organisation des prisons secrètes où seront, tant bien que mal, parqués des prisonniers.
L’occupant se retrouve lui-même très occupé à occuper. En un sens, plus raccourci, il s’est mis tout seul dans une position d’occupé, astreint à la surveillance et l’entretien au quotidien de nombreux équipements, astreint à la fabrication de matériel sans cesse plus performant. (Il suffit de penser qu’un drone de la taille d’une libellule aura couté en investissent et en recherche tout autant qu’un char Marta-Drasaud). Le long du mur de la honte, l’occupant disposera des caméras utiles à la vidéo surveillance des lieux autant de fois qu’il l’aura jugé nécessaire. Cela implique la construction de locaux assez vastes pour visionner puis enregistrer toutes ces images. Cela implique de former toute un contingent de techniciens et d’observateurs qui seront astreints à regarder les écrans de contrôle, sans qu’il y ait la moindre absence.
Un soldat, devant son écran de contrôle, fatigué de monter la garde, aura cette observation : « finalement, les occupés, ceux que nous sommes obligés de contrôler, ceux qui ont pris l’habitude des caméras de surveillances, et qui maintenant s’en foutent, eh bien ! Peut être qu’ils sont plus libres que nous ! »
Nous n’irons pas jusqu’à lui donner raison. Pourtant, tout n’est pas faux dans son raisonnement. L’occupant se construit un statut de dominant. L’occupé ne peut en dire autant. Seulement, le premier répand la peur, la terreur et la mort au point qu’il en est lui-même tout autant victime que le second. Tandis que le second, privé de ses droits, privé de sa dignité d’être humain, trouve au fond de lui des ressources d’énergie incroyables, dans la colère, la lutte, la survie même, qui le poussent à des élans qu’il n’aurait pu imaginer sans les circonstances dramatiques de sa vie. Certains ne craignent même plus la mort parce qu’ils savent qu’ils peuvent la rencontrer d’une seconde à l’autre. (Voir la force des non-violents !!!)
Nous rencontrons là un renversement topologique. Nul barrière ou mur ne peut servir à la perfection sans qu’une porte au moins n’ait à s’ouvrir pour quelque raison que ce soit. Et cette imperfection dans la séparation transforme le chantier en enfer réciproque dont l’entretien revient à ceux qui en sont responsables.
L’occupant se ruine et se détruit lui-même après avoir tenté de ruiner et de détruire l’occupé, ce qui ne se résout que dans l’apocalypse de la bombe atomique.
Occupé l’autre c’est s’occuper soi-même.
Enfermer l’autre c’est s’enfermer soi-même.
Emmurer l’autre c’est s’emmurer soi-même.
Détruire l’autre c’est se détruire soi-même.
Le pouvoir oligarchique ne se maintient que par l’incompétence de ses oligarques. La peur de manquer les rend stupides et bien des Molières l’ont déclamé haut et fort. Construire un mur contre la culture sera la plus flagrante des manifestations de leur incompétence.
En soutien à la lutte de Richard Martin pour le Théâtre Toursky à Marseille.