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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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L’occupation 40 : Le parking

  Septembre 2009

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

Andrée, Marcel, Fernand et Mauricette ont froid, sur les cartons qui leur servent de matelas. Ils ont passé la soixantaine et se lamentent au troisième niveau du parking de la Place aux Huiles, depuis déjà deux ans. Ils sortent un peu pendant les beaux jours, mais dès l’automne, certains soirs sont humides. Même avec des vieux duvets et certaines fripes en cuir, auxquelles ils tiennent beaucoup, automne et hiver ne sont pas faciles à supporter.

Ils vivaient de la pêche, avec un joli pointu qu’ils avaient acheté en commun. Quand arrivaient les hommes au petit matin, les femmes commençaient à crier sur le Vieux Port : « elle est pas belle ma rascasse ? Et ma moule, elle est pas fraîche ma moule ? Tout partait en deux ou trois heures. Et quand ça renâclait, on cédait le dernier lot pour la soupe, dans la cagette en polystyrène. Après, Tout était bien rincé, le pointu rangé, et chacun s’affairait aux préparatifs pour le prochain soir. Oh ! C’était pas la grande richesse ! Mais on vivait bien ! On pouvait prendre un petit repos dans le Luberon un ou deux weekend par mois. »

 

Un jeune homme se tient debout auprès d’eux, et croit savoir que, depuis quatre ans, la pêche est interdite sur toute la bande de Paca. « Le malheur nous est tombé sur la tête. Dit Fernand. Au tout début, nous partions tout de même, un peu plus tard dans la nuit, et nous revenions sans encombre. Comme il nous était interdit de nous étaler sur le quai, nous restions dans le bateau et nos femmes rabattaient le client discrètement. Mais une fois, les soldats nous ont confisqué le chargement. Nous étions repartis encore. Une autre fois, on nous a tout pris, même nos filets. Heureusement, nous avions déjà presque tout vendu le poisson. La troisième fois, les soldats nous guettaient. Ils nous ont cueillis dès notre accostage. Là, ils se sont régalés. On a recommencé une dernière fois, mais ils nous surveillaient ! Oh ! Ca aurait pu durer longtemps ! Ils étaient bien nourris, les bougres ! Mais pour nous, c’était fini ! Nous avons vendu nos filets et notre pointu pour une poignée de figues ! Tu penses, personne n’en voulait ! Très vite, nous avons du quitter nos locations. On ne trouve plus aucun travail depuis longtemps. Et nous les vieux, c’est encore plus dur. On ne sait même pas pourquoi c’est interdit, la pêche. Juste pour nous faire crever ! »

Mauricette continue. « Finalement, on se retrouve tous les quatre ici. Ca va faire deux ans. On ne se quitte plus. D’abord, il y a toujours quelqu’un parmi nous qui reste pour surveiller les affaires. C’est pas grand-chose mais ça compte, surtout pour les commodités et pour le froid. Les hommes, ils partent dans la matinée pour trouver un peu de quoi se mettre sous la dent. Oh ! Ils sont débrouillards ! Et nous, on reste souvent là, on aide les jeunes mamans en gardant leur petit quand elles vont au courses. (Oui ! C’est comme ça qu’on dit pour l’alimentaire !) Et parfois, une jeune trouve une place de bonne dans un appartement huppé de Paradis. Ca fait une trotte. Mais ça leur fait du bien de se dégourdir les jambes. Moi, si j’étais jeune, je ferais bien encore tout Marseille ! »

Andrée lui met la main sur la manche. « Tiens, regarde, la fille de Sonia, elle a trouvé des bouts de chandelle, oh ! Et même des gros cierges. On va pouvoir s’éclairer un peu. Elle va nous en porter pour toutes les fois où nous gardons son petit frère, le petit Sofiane, celui-là, il nous en fait voir ! Mais qu’est ce qu’on rit avec lui ! Quand on le voit marcher, bancale et titubant, on le compare à Marcel quand il a bu. Enfin, maintenant, c’est plutôt rare qu’il trouve à boire ! Mais, l’autre jour, il est rentré dans un immeuble dont la porte était ouverte, et sur la cour donnait une cave dont le verrou ne tenait plus. Il est rentré, il est ressorti avec deux Nuit Saint Georges de 1994. Ceux-là, je peux vous dire qu’on les a dégustés. J’ai honte ! On les a même planqués pour éviter de les partager. C’est pas beau n’est-ce pas ! Bof ! Ca leur aurait fait du mal, peut-être ! »

Le jeune homme leur demande s’il peut s’installer non loin de là. On vient de prendre l’appartement de ses parents, et il n’a plus de toit. Il prétend qu’il va essayer de continuer ses études d’architecture. Elles vont reprendre en Octobre. Mais il se demande comment il pourra obtenir un droit de passage vers Luminy. S’il passe une première fois, il tentera de ne pas revenir, en trouvant de quoi se loger par là-bas. Je me mets ici, le temps de faire mes papiers à la Préfecture. Inch’allah ! Dit Mounir ! Inch’allah !

 

 

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