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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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L’occupation 36 : Phosphore

 

Septembre 2009 

 

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

Bien sûr ! La nouvelle religion de tous doit être monothéiste. C’est l’amour du Fric et de tous ses dérivés. Il n’est plus nécessaire de construire des monastères, encore moins des écoles ou des temples. L’adoration se fait partout et la prière est continuelle. Plus besoin de prêtres ni de rabbins, ni d’imams ! Les grands officiers se proclament tous seuls au regard de leur arrogance et de leur déshumanisation. Ce sont les guerriers de la finance, les banquiers, et les professionnels du profit à court terme. Une petite frange de rebelles, comme sur la bande de Paca, ne modifie en rien leur projet de société. Bien au contraire, avec cette capacité à instrumentaliser toute situation, ils montrent au monde que leur solution est la seule viable, en faisant de cette poignée de Marseillais les terroristes anticapitalistes. Ce qui prouve que la majorité des français sont dans le droit chemin, c’est qu’il y a une toute petite exception. Mais nous le savons, historiquement, Marseille a toujours été rebelle.

Pourquoi justifier alors les bombes au phosphore blanc, puisque cette poche de rebelles leur offre déjà l’occasion de mieux assurer leur doctrine impérialiste ? Pourquoi ces nantis s’efforcent-ils de décimer une population déjà exsangue depuis tant d’années de blocus et d’humiliation ? N’ont-ils pas les moyens d’anéantir le tout en une fraction de seconde ? N’ont-ils pas le soutien inconditionnel du reste du monde ? Ne disposent-ils pas de quatre vingt pour cent de la puissance énergétique du monde ?

 

Ces questions restent sans réponse. Et c’est peut-être mieux ainsi ! Cependant, le quotidien des résistants de Marseille devient pire chaque jour qui passe. Les bombardements reprennent, surtout la nuit. Le tonnerre de chaque explosion couvre le passage des mirages en groupe de trois qui rasent la ville, en suivant le couloir de l’Huveaune et les contreforts du littoral. Pas une famille qui n’ait eu des morts parmi ses proches et même parmi ses enfants !

 

Ce matin même, Jean-Marie courait à la Conception avec un fils de dix ans dans les bras. Brûlures sur les membres inférieurs et le visage défiguré par les flammes de phosphore. « Je croyais qu’il pourrait être sauvé malgré la blessure  profonde. Mais quand j’ai vu un nuage blanc sortir de sa bouche ouverte, j’ai compris qu’il brûlait au-dedans. Je n’ai pas eu besoin de fermer ses yeux ! »

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