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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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L’occupation 32 : Le rouleau compresseur

Septembre 2009 

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

Depuis un mois, mes pensées sont occupées. Mais leur territoire n’est pas fermé. Les journées gardent une énorme part d’insouciance, jardin fragile où chacune peut encore courir et s’orienter. Il n’en est pas de même pour ceux qui n’ont plus le droit à l’insouciance, tous les jours astreints à chercher les moyens de subsister.

 

Occupés sans arrêt à ne pas mourir ! Sofiane et Lilia, mariés depuis peu auxquels tout permis de construire est inaccessible. Wissem et Lina que l’on a privés de leur exploitation d’oliviers. Mohamed et Safa qui essayent de faire l’école au petit parce qu’un mur de huit mètres de haut les privent de tout accès à l’école. Farid et Zora qui n’ont plus de droit de visiter leurs vieux parents pour les mêmes raisons. Chakib et Khelii qui ont déjà perdu deux nouveaux nés, bloqués dans l’ambulance que les jeunes soldats laissaient au soleil, bien décidés à garder le point de contrôle fermé. Sami et Amel que des hommes armés repoussent hors de leurs propres terres où ils ont creusé leur puits. Amjad, en prison depuis des années dans des conditions que nous ne pouvons pas même imaginer, et dont la femme Chayma ne sait rien, malgré ses démarches quotidiennes qui occupent tout son temps. Pour patienter dans les longues colonnes d’attente, elle ferait bien du tricot. Mais tout apport de laine est interdit.

Mes pensées sautent la mer, échappent au temps, et travaillent une fiction sur Marseille, devenue la bande de Paca, soumise au dictat des puissances financières. Petit à petit, je découvre que la fiction ne va jamais assez loin. Bientôt, les murs de huit mètres ne seront plus nécessaires. Les puces et autres bracelets électroniques ajustés aux GPS, permettront une surveillance insoupçonnée des agissements et des déplacements de chacun. La manipulation médiatique au service des nantis nous assurera que ces mesures n’ont qu’un seul but, la sécurité. Pour nous, il serait plus simple qu’ils répartissent mieux les richesses et l’insécurité dont ils sont les instigateurs disparaîtrait. Qui va « consommer » si personne ne peut plus rien acheter ?

On remarque très bien que la seule course au profit va instrumentaliser toute chose et tout événement. C'est-à-dire s’en servir comme si c’était un bien marchand sur lequel toute spéculation se fera, sans aucune objection morale ! Déjà, le marché d’organes est bien une réalité. Même la pauvreté est instrumentalisée. Distiller des compensations n’a d’autre fonction que de se faire mousser pour les prochaines élections. La même démarche tient dans ce seul fait de ré-ouvrir certaines négociations de paix alors que la surenchère d’armements et d’intérêts financiers (énergétiques) ne veut pas de la paix. « On ne gagne rien à faire la paix quand on est le plus fort ! »

 

Chacun peut être pré-occupé par la progression du rouleau compresseur dévastateur. Quand nous serons vraiment occupés, il sera urgent de créer des liens, tout un apprentissage qui nous obligera, et tant mieux, à l’abandon de nos petits privilèges.

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