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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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L’occupation 20 : La pauvreté

  Août 2009

 

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

 

 

 

Dans un appartement du Panier, Montée des Acoules, le père tente d’allumer un vieux réchaud à pétrole pour que sa femme puisse chauffer de l’eau. C’est le dernier bidon de pétrole ! L’ainé parcourt la ville pour trouver du combustible. Il coutera cher parce que les derniers à posséder quelques réserves le vendent hors de prix. Pedro partait tôt le matin pour aller à la pèche avec Jamil. Leur petit pointu marchait bien jusqu’à ce qu’ils mélangent différents carburants.

 

Maintenant, la pêche leur est interdite depuis six mois déjà. Même la pêche à la ligne, derrière le fort Saint Nicolas, peut donner lieu à des poursuites en justice. Un ami, Marius s’est vu retirer ses laissez-passer pendant un an et ne peut plus se rendre à Septème chez ses parents.

Son copain d’enfance, avec lequel il avait vécu dans la cité de Castellas, n’a plus le droit de pénétrer dans Marseille. Il a pourtant épousé une Marseillaise, mais son permis de résidence lui a été supprimé parce qu’il ne pouvait pas justifier des raisons qui l’obligeaient à vivre à Marseille. Etant au chômage, dans les terres occupées, il venait auprès de Marius pour pêcher à la ligne depuis les roches du Vallon des Auffes.

 

Toute pêche est interdite depuis qu’un navire battant pavillon anglais a explosé entre l’île du Frioul et le Port. Nul ne sait pourquoi ! La presse officielle a crié au terrorisme ! Mais le bruit court toujours à Marseille qu’il transportait un nouvel armement expérimental capable de maîtriser les populations par aspersion aérienne de diverses substances bactériennes ultra secrètes.

Le pouvoir mondial des financiers aurait investi des sommes astronomiques afin de soumettre les rebelles par des armes bactériologiques sans risques qui donnent l’assurance de ne causer aucun dégât collatéral, selon les informations du mouvement pour la paix, Green Pax, dont les manifestations spectaculaires se multiplient.

 

Dans le petit appartement, l’eau bout et la flamme s’éteint juste au bon moment. Les restes de thé infusent et les douze membres de la famille tiennent bientôt les tasses chaudes bien serrées ente leurs mains froides. Les arrêts de courant transforment les habitats en réfrigérateurs et les rares moments de distribution de gaz servent à chauffer un peu la cuisine où l’on s’entasse.

Pour se réchauffer, Il faut bouger. Les garçons partent à la recherche de nourriture et ne reviennent souvent qu’avec de petites provisions abandonnées par les rares marchands du marché des Capucins ou de La Plaine. Quelques fois, les restes de caissettes sont les bienvenues pour faire des petits braseros sur le trottoir, mais jamais la nuit, à cause du couvre-feu. Il arrive que des voisins reviennent chargés de petits poissons de roches pêchés par leurs proches sur la côte bleue. Mais le barrage de contrôle de l’Estaque leur pose bien souvent des difficultés. Le petit chargement est porté à dos d’homme sur plusieurs kilomètres dans la colline pour que le véhicule passe au poste le coffre vide.

 

La vie n’offre plus d’espoir aux jeunes. Et depuis que la Bonne Mère n’est plus qu’un tas de ruines, le moral des Marseillais se fait de plus en plus mou.

 

Tiens bon Marseille ! On espère que le blocus sera bientôt levé. Certains députés influents te défendent malgré les risques qu’ils prennent et font porter à leurs familles.

 

Pedro a rencontré Ahmed. Il paraît qu’au moyen orient c’est pire encore, ce qui se passe !

 

 

 

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