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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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L'occupation 1: Le puits

 

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis plus de soixante ans.

 

Malika se lève tôt, pendant que les petits dorment. Dans son couffin, une corde et un piochon ! Avant la chaleur du jour, elle marche, elle marche vite et contourne le mur de la honte qui a séparé les terres de son père en deux parties. L’une, plantée d’oliviers centenaires, n’est plus accessible. L’autre, aride et pauvre ne reçoit plus d’eau pour les plantations. Contourner le mur, c’est faire huit kilomètres, pour creuser son puits dans l’espoir de le finir bientôt. Alors seulement, l’eau permettra de faire pousser quelques légumes. Un jour, peut-être, Malika verra tomber le mur. Le puits ne sera plus qu’à un kilomètre de la maison. Mais, les oliviers seront loin ! L’occupant à colonisé la terre, cette terre sur laquelle s’égayaient ses frères en gaulant les olives jusqu’au crépuscule d’hiver, pendant qu’elle préparait avec sa mère le repas qu’ils prendraient bientôt sous le grand figuier.

 

Yasmina, sa mère était femme courageuse qui, jamais, n’a osé dire du mal de quiconque ! Une mère qu’elle revoit encore avec ses yeux de petite fille. Elle avait dix ans quand arriva Moussa, le petit dernier. Depuis, c’est elle-même qui le dorlote pour qu’il grandisse. Yasmina dut accoucher dans la voiture, à l’un des nombreux barrages de sécurité qui ralentissaient les ambulances. Complètement assoiffée, privée de soins, dans la chaleur d’un plein jour d’été, immobilisée sur la route, elle fit l’effort de donner la vie juste avant de rendre la sienne. Les gardes du barrage ont tiré dans les pneus pour que les ambulanciers ne forcent pas le poste. « Le différent n’a pas fait d’autre victime ! » avait rapporté la presse !  On comprend pourquoi le petit Moussa ne supporte pas les barrages de contrôles et se met encore à pleurer, malgré ses vingt ans, lors de leur franchissement.

 

Malika, courageuse comme sa mère, repense à tout le mal qui leur a été fait. Mais elle veut garder sa dignité. Elle repousse toute idée négative et préfère ne pas parler des autres. Elle marche vers son puits, comme tous les matins depuis deux ans. Son père reste à la maison jusqu’à son retour.

 

Il a bien avancé ! Sur les trois premiers mètres, la terre était très dure. Maintenant, le piochon y pénètre plus aisément et dans l’heure, il lui est souvent donné de remonter plus d’une dizaine de couffins. Seulement, s’il venait à l’argile de se mouiller d’avantage, la pente deviendrait glissante. Demain, elle viendrait avec les souliers spéciaux que lui a préparés son père, dans de vieilles souches d’olivier, un peu comme des sabots, mais taillés en dessous comme des pneus. Elle lève les yeux pour s’essuyer le visage et repère deux points de lumière juste au dessus d’une jeep. Elle sait que des gardes l’observent avec leurs jumelles. Peut-être la trouvent-ils courageuse ? Peut-être la soupçonnent-t-ils de creuser un tunnel pour passer sous le mur ?

 

Trois ans ! L’eau se montre enfin dans le trou au septième mètre. Malika pense au septième ciel. Sûrement le connaîtra-t-elle avec un homme qui l’aura trouvée merveilleuse. Et ils s’arroseront de l’eau du puits. Mais aujourd’hui, elle se donne à fond pour sortir les derniers couffins d’argile trempée. Ses sabots fonctionnent à merveille. Merci mon père ! Demain, je reviens avec tous mes frères et toutes mes sœurs. Nous aiderons Ahmed, notre père fatigué, à marcher jusque là pour qu’il voi enfin l'eaut.

 

Le lendemain, Malika marche en avant avec son père. Elle le soutient de toutes ses forces. Elle veut tellement qu’il soit fier !

 

Sur l’argile n’existent plus que les traces du tracteur à chenille qui a rebouché le puits. Malika laisse couler une larme et promet à son père de recommencer, pour l’honneur de la famille.

 

Ahmed ne s’en est pas sorti. Une attaque vasculaire cérébrale n’attend pas. Les formalités furent trop longues au barrage de contrôle. Malika devient le chef de famille. Son courage ne lui permet tout de même pas de creuser un nouveau puits.

 

L’occupant à fait un pas de plus sur la dignité du peuple.

Les chenilles, quand elles sont métalliques, font plus de mal dans les cœurs que sur la terre.

 

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