Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
Je ne me reconnais pas ! Pourtant, j’en ai abusé ! C’était la première fois !
Je m’en suis délecté comme des flammes sur les pins. J’en ai extrait, jusqu’à la dernière seconde, les saveurs subtiles de ses sucs acidulés. J’ai roulé ma langue jusqu’au bord de ses lèvres, senti la nacre de ses dents immaculées, à l’extrême limite entre torpeur et sommeil. J’ai hérissé le doux duvet doré de ses joues et tamponné son visage du velours de mes doigts. J’ai serré sur son cou le nœud fatal de mes solides articulations et me suis laissé, dans l’épreuve d’un dernier effort, peser de toute ma langueur sur celle que je ne retrouverai jamais plus.
Elle s’est éteinte ! Demain, je rencontrerai l’autre, celle du second jour. Chaque weekend, je me ferai fort d’être le tueur en série de toutes celles, profondes ou légères, qui, naïvement, viendront se plier à mes exigences.
Le gros matou ronronne sur mes genoux et m’accompagne jusqu’à l’excès auprès de la merveilleuse sieste d’une demi-heure.