Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
Temps suspendus au fleuve incandescent des laves d’un volcan de désirs où l’amour impossible s’épanche en coulée de larmes,
Temps suspendus aux vaines agitations qui trahissent l’inerte lassitude d’un temps qui ne compte plus les déboires, d’un temps que le présent efface après chaque instant,
Temps suspendus comme les nœuds coulants aux bois mouillés d’un temps qui passe et repasse en roulant comme se meuvent les reflets d’un courant calme,
Temps suspendus aux désirs cachés d’un autre qui attend l’écho de la chute du cailloux jeté tout au fond du puits,
Temps suspendus à la rencontre de soi, là même ou le décalage s’accroît entre les figures diverses et obscures de sa personnalité complexe
Temps suspendus à la découverte de l’illumination qu’une écriture imprimerait sur la marge révélée d’un feuillet sourd de sa vie secrète,
Temps suspendus, là, dans le long silence d’un son que l’on attend, ne sachant pas vraiment s’il vient du musicien ou du bout d’un autre monde où l’on s’en va,
Temps suspendus à l’indignité d’un autre qui nous reproche sans égard la suspension de notre être, lui-même suspendu à notre chute hypothétique,
Temps suspendus au résultat de vains efforts, suspendus peut-être au plaisir d’une sincère incarnation de la paresse, dans cet effort tendu vers son effet attendu,
Temps suspendus au moment d’une émergence de la conscience ou de la découverte de la futilité des affaires engagées,
Temps suspendus au bain d’un soleil doré qui brunit la peau comme un pain trop cuit, au train qui s’essouffle à grimper jusqu’aux pentes enneigées d'une neige qui étouffe ses efforts énergiques,
Temps suspendus aux traces du passé que nous lisons pour un sens à notre futur, accrochant le présent à des clous qui rouillent de tout leur ferraillage,
Temps suspendus à la fin des listes de nos plaintes, point d’exclamation que nous repoussons dans l’imaginaire, justement pour l'éviter,
Temps suspendus comme les suspensions qui illuminent le salon où se réunissent enfants et parents pour se surprendre et se dépendre réciproquement.