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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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Le blues bleu

    Je n'en crois pas mes yeux ! Au bord de la piscine, tout juste sortis de l'eau glacée, trois elfes tout bleu. Je n'en avais jamais vu, aussi ai-je supposé, ou plutôt décidé que ce sont des elfes. (Ca me plait que ce soit leur nom !) L'un d'entre eux se présente en petit chef et semble diriger son monde. C'est le plus petit ! Chose étonnante, ils n'ont ni cheveux, ni poils. Lui, porte comme César une petite couronne de feuillage. Mais elle est bleue. L'elfe le plus grand lui serre la main comme une enfant et tient un petit sac sur ses cuisses. Son chapeau ressemble plus à une de ces tartes aux fruits que montre souvent la reine d'Angleterre ! Il semble de sexe féminin parce qu'apparaissent deux petites allumettes bleues, qui lui servent d'échasses et lui donnent cette démarche hésitante qui me fait sourire. Le troisième se tient derrière et pose ses mains sur les épaules du couple bleu. On dirait qu'il leur souffle tous les mots qu'ils doivent dire. Il porte un chapeau carré comme dans les grandes écoles britanniques, bleu, lui aussi, comme ses mots, d'ailleurs.
    Ils ne sont pas mouillés dans le discret nuage de vapeur qui les entoure. Le temps, ce matin, est au froid, bleu.

    Je ne comprends pas ce qu'ils disent parce que le rythme est accéléré, au point que leur voix me semble très aiguë. Je me précipite à la maison pour trouver le petit magnétophone qui me permettra de les enregistrer, mais je les retrouve devant la porte palière, me faisant signe de bien vouloir entrer comme s'ils m'accueillaient, avec leur petite voix sifflante. Je me surprends à vérifier que je ne les écrase pas sur le paillasson et trouve tout à coup que mes semelles sont énormes. J'ai cette pensée rapide que le nombre d'insectes écrasés tous les jours doit être significatif.
    Et toujours ces trois petites créatures qui piaillent comme des poules alors que je referme la porte d'entrée ! Je me dirige vers le salon afin d'ouvrir le tiroir où se cache le magnéto et les retrouve sur la commode à manifester leur contentement, visiblement satisfaits de ma démarche. A peine ai-je tiré le tiroir qu'ils sont déjà sur l'appareil en train d'y placer une cassette et de dérouler le fil du micro qui leur parait très long et très lourd. Mais là, ma surprise va grandissante car l'objet devient tout bleu, de ce même bleu qui les rend si curieux. Je place l'enregistreur sur la table basse du salon, près du groupe qui me fait des grands signes d'encouragement. La table devient bleue à son tour.
    Sans même que j'intervienne, ils manœuvrent les touches pour un enregistrement rapide et parlent encore plus qu'avant, manifestement à l'adresse du micro. Mais très vite le petit couple se met à l'écart pour faire place au beau parleur qui parait sorti des grandes écoles. Il me semble alors qu'il fait un vrai discours, comme un orateur expérimenté. J'ai hâte de pouvoir écouter le magnéto pour comprendre enfin les petits elfes bleus. Le discours de quelques secondes à peine fini, le professeur dispose l'engin pour que je l'entende bien.

    "Cher Monsieur qui nous accueillez si gentiment, ayez cette courtoisie de bien vouloir écouter le message pour lequel nous sommes mandatés. Il vous est adressé personnellement parce que vous avez l'esprit critique développé au point d'avoir été jugé digne de le recevoir." (J'ai l'impression qu'il me flatte !)
    "Il ne vous a pas échappé que notre société vit une révolution accélérée, tant par ses progrès techniques que par ses mutations sociales et politiques, mais bien plus encore pas ses nouvelles méthodes de communication, dont vous ne soupçonnez pas encore les possibilités." (Je crains déjà le pire !)
    "Vous craignez, nous le savons, que ces éléments ne soient utilisés finalement que pour le bien d'une minorité au détriment du plus grand nombre, par ce retournement surprenant qui fait structurellement fonction de base à cette science de la communication" ( Là, je suis largué !)
    "Ne soyez pas inquiet, je vais vous expliquer. La communication, c'est avant tout de la pédagogie. Tout doit être clairement explicité pour que chacun y trouve son compte." ( Mon compte est bon ! C'est ce que je crains !)
    "Cette fonction, nommons-là retournement, c'est la base de notre science. Ce sont les fondations sur lesquelles nous scellons l'armature de nos discours qui se limitent finalement à des échafaudages au milieu desquels s'accrocheront quelques idées sans importance." (C'est comme des HLM !)
    "Elle consiste tout simplement en ceci : par le fait même que nous nous adressons au plus grand nombre dans une discipline pédagogique toute simple, ce sont les nantis qui tirent le meilleur profit de nos décisions dans la mesure où nous ne leur avons pas adressé la parole. Forts alors de nous savoir peu attentifs à leurs agissements, ils font ce qui leur semble bon, assurés d'avoir notre soutien implicite de superviseurs aveugles." ( Je le savais !)
     "Nous communiquons sans arrêt sur le drame des sans abris, et ceci les réconforte dans leurs droits. Les grands groupes ont tout loisir d'ajuster leur production par des mesures d'arrêts techniques. Nous communiquons souvent le montant des aides du gouvernement pour améliorer le quotidien de nombreux citoyens parmi les plus déshérités. D'autres présenteront bientôt discrètement les résultats de leur exercice de l'année passée avec les encouragement de tous ceux qui savent que la croissance enrichit tout le monde." (Je vais finir par y croire !)
    "C'est ça la bonne gouvernance !" (Il m'a presque convaincu !)
    "Avez-vous des questions à poser ? Nous sommes disposés à vous répondre sans langue de bois, ouverts à toutes les suggestions."

    Je n'ai pas de question sur le moment. Un peu étourdi par la démonstration, je m'appuie sur la table basse et devient tout bleu. Là, je me rends compte de la force des mots. De bleu je vire au violet puis au rouge. Je sens que je vais piquer une de ces colères ! (...)
   
    Je renverse la table avec tout ce qui est dessus, mais ils ont disparu.

    Nous sommes dans un monde où il faut se méfier de tous et même des elfes qui jacassent sans arrêt.

    A découvrir le langage des poules qui ont peur du renard nous apprendrions sûrement à avoir peur du pouvoir !






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V
osons les mots bleus sur un autre tempo que le blues pour composer une ballade décrescendo. Le bleu de la décroissance et le vert de l'espoir. Au feu la gouvernance, cette lame rougie deviendra bleue finalment..
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T
<br /> Entre les couleurs que peignent les fous et le gris sombre organisé pour le futur, que choisir ?<br /> Le vert repose mes yeux, le bleu m'encourage et les ocres me rassurent. Le gris n'aura de reflets que si la folie alentour l'illumine. Soyons fous de résister au grand désordre qui va se rétablir.<br /> <br /> <br />