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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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Mauvaise nouvelle

-   "Tiens! Tu écris des nouvelles?" Demande Jeannot.


-   "Et oui! Depuis que je suis à la retraite, je retrouve ma jeunesse dans cette forme de voyage qui ne demande que très peu de moyens. Tu sais que la pension n'est pas très épaisse!"


-   "Mais n'importe qui ne peut pas, comme ça, écrire des nouvelles!"


-   "Je ne connais personne dont on puisse dire que c'est n'importe qui... Pour apprendre, il existe des ateliers d'écriture dans lesquels chacun trouve ce qu'il cherche, et en premier, peut-être, le désir de raconter des histoires. Si j'ai le désir de sonder tous les recoins de mon imaginaire, je peux le faire, en écrivant.


    Un jour, je me suis trouvé nez à nez avec mon héroïne, une gamine de seize ans qui n'avait pas froid aux yeux, très légèrement vulgaire, rusée au point de rouler pendant un temps le flic que j'étais durant l'interrogatoire, et qui réussissait à me séduire en faisant bouger son corps sous un décolleté délicieux. Je m'en souviens encore. Il a fallu que je fasse appel à un collègue pour ne pas me laisser embarquer. Je commençais à penser que ma jeunesse fuyait irrémédiablement vers l'arrière avec la force sournoise d'augmenter sensiblement mes regrets.

    Je me sentais tourmentés par la présence de cette jeune fille tout autant délurée que charmante. Encore un peu et je n'arrivais plus à poursuivre l'interrogatoire. A chaque fois que je voulais la coincer par la méthode de l'intimidation ou par le recoupement des angles de questionnement, j'avais l'impression de la coincer réellement dans l'angle d'un mur.

    Tu penses bien que je m'en trouvais terriblement troublé, d'autant que je voyais bien qu'elle le savait. En plus, elle me montrait qu'elle avait compris ma situation gênante en gonflant sa poitrine dans le seul but de valoriser ses formes arrondies."


-    "Alors, qu'est-ce que tu as fait?"


-    "Je te l'ai dit! J'ai fait appel à mon collègue et j'ai prétexté une petite corvée à faire dans un autre bureau pour le laisser seul avec elle, non sans savoir que je prenais un grand risque."


-    "Et lequel? Celui de laisser ton collègue se prendre les pieds dans le tapis?"


-    "Oui! Mais je n'ai pas tardé à revenir! Il me fit un clin d'œil comme pour m'accueillir par une bonne nouvelle. Je semblai tellement étonné qu'il se tourna vers la gamine et lui demanda de répéter les aveux qu'elle venait de faire. J'ouvris grands les yeux parce qu'elle était vraiment jolie, et parce que mon regard avait changé. J'avais l'impression de la voir comme ma propre fille, et je sentis toute la fierté du père qui admirerait sa progéniture. J'ouvris aussi les oreilles avec cette interrogation :  pourquoi l'aurait-elle avoué à mon collègue et pas à moi?"


    Impatient, Jeannot piétine et je vois la question s'échapper de sa bouche, comme si les mots sortaient d'un ordinaire des plus communs et non de lui-même, par ailleurs si souvent judicieux dans ses propos.


-    "Qu'est-ce qu'elle a dit?" dépose-t-il malgré lui!


-    "Je ne sais plus! Ce n'est pas ce qui est important. La vrai question que je me posais, tu ne l'as même pas entendue. Pourquoi lui et pas moi?"


-    "Et alors?" jette-t-il, un peu frustré.


-    "Je ne saurai jamais! Et je ne veux pas le savoir parce que j'écris une mauvaise nouvelle, juste pour te montrer l'exemple, comme ça tu vois que l'écriture permet d'explorer l'autre monde, celui que chacun imagine...

      Mon collègue connaissait bien Julia.

      Elle venait souvent manger chez lui. C'était la meilleure copine de sa fille Carine."







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