Ma compagne est partie trois jours à Venise. Oh ! Une sorte de séminaire de toubib que lui offre le labo. Je me suis dit que peut-être je pourrais revoir d'anciens copains de fac, ainsi que des
copines.
Pour éviter le drame, je prends soin de laisser mon portable à la maison sans l'avoir rechargé. J'empreinte le portable d'un voisin qui ne sort pas de la soirée, et j'appelle un taxi. Je l'attends
devant la porte de son immeuble mais le taxi ne vient pas. Il m'avait pourtant assuré de sa présence dans les trois minutes.
Il fait bon et je décide de m'avancer à pieds dans la direction du bar qui nous sert de point de ralliement en parcourant le circuit dans ma tête afin d'éviter les caméras de surveillance des
grands boulevards.
C'est alors que débarquent en trombe trois véhicules de police et leur six hommes en armes.
Les bras en l'air, les jambes écartées, la face contre le mur de brique d'un immeuble, je réponds à l'interrogatoire qui commence.
- Vous utilisez un portable qui n'est pas le vôtre habituellement. Pourquoi ?
- Euh !
- Vous avez appelé un taxi mais vous ne l'attendez pas à l'adresse fixée. Pourquoi ?
- Euh !
- Vous allez rencontrer vos anciens amis de fac, tous célibataires, alors que votre épouse est à Venise. Pourquoi ?
- Euh !
- Vous avez déjà participé à des manifestations qui troublaient l'ordre public, comprenez-vous que nous prenions des précautions ?
- Euh !
- Bon ! Vous nous suivez pendant que deux agents cherchent votre portable ! Ne vous inquiétez pas, nous avons les clefs et connaissons exactement sa position quand bien même il est éteint !
- Ah !
- Vous étes présumé innocent mais aussi potentiellement perturbateur de l'ordre public. C'est la raison pour laquelle nous agissons par précaution. Demain matin, Dimanche, nous vous mènerons sur
votre lieu de travail, une demie-heure avant l'office que vous allez célébrer au temple protestant du 15°. Bonne nuit, mon révérand !
- J'oubliais : ne vous inquiétez pas pour votre grand fils qui fête l'anniversaire d'une amie. Nous l'avons à l'oeil et une charmante policière maintiendra une surveillance étroite jusqu'à ce qu'il
soit couché.
Bonne nuit mon révérand !
Même les pasteurs sont suspects. Et pourquoi pas, puisque les imams le sont !