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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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Provence


Quand j'étais petit, je prenais le train de nuit, le Phocéen et tranquillement allongé sur la couchette, je patientais. Le chef de gare annonçait Dijon, trois minutes d'arrêt, puis Lyon, Valence, Montélimard, Avignon, et enfin Marseille. Il était six heures du matin. Les heureux voyageurs masquaient leur petite mine par de larges sourires en espérant bien vite entendre le chant des cigales qui les accueilleraient chaleureusement.

Le jour se levait et Notre Dame de la Garde se présentait au sortir de la gare Saint Charles. En passant devant la tête du train j'avais noté que la motrice électrique était une CC, "la plus puissante" disait mon père. Je m'assurais n'avoir pas perdu ma petite soeur et embrassait mon oncle venu depuis Aix avec sa 203 familiale qui sifflait en descendant vers Marseille mais restait muette en remontant vers Aix.

Je vous parle d'un temps où le petit garçon, à treize ans pouvait très bien faire ce voyage sans encombre avec sa cadette bien que les mobiles n'existaient pas, avec le concours bienveillant du chef de wagon rendu responsable par les recommandations parentales délivrées en gare de Lyon.

Les souvenirs ne manquent pas qui racontent ces grandes vacances en Provence. Une ombre pourtant les rendait dangereuses malgré la certitude que les cousins s'en accomodaient fort bien durant toute l'année. Les fameuses araignées au maillot jaune que nous croisions sur notre chemin vers le grand bassin, à travers la haie de genêts joyeusement fleuries de jaune soleil. Rien de tel pour nous faire rebrousser chemin que ce guerrier posté en sentinelle qui se balance fièrement sur la toile tendue dans la nuit. Ses couleurs de bagnard le rendaient plus féroce encore et le long bâton de bambou ne suffisait pas à nous guérir de la frousse.

Heureusement, comme pour nous réconcilier avec le Midi, notre chère tante préparait des beignets de fleur de courgette dont les petits parisiens ignoraient l'existence, et le marché de la Grande Poste régalait nos sens endormis. Les yeux s'étonnaient des couleurs vives que réchauffaient les contrastes affirmés de la lumière du Sud. Les oreilles percevaient les accents chantants de chaque commerçant qui ventait ses produits. Et nos narines se dilataient au parfum des lavandes, thyms, basilics, lauriers, romarins, fenouilles qui décoraient les étalages et s'ajoutaient discrètement au panier, en cadeau de bien venue.

Le Cours Mirabeau nous accueillait dans le vacarme assourdissant des cigales et le clapoti des fontaines. Les petites rues ombragées avec les passages et les placettes nous faisaient rentrer dans le rêve de toute notre année scolaire, bercée par ce grand désir de pouvoir enfin se tenir à l'ombre d'un grand platane, regarder les toits de tuiles romaines et les petites fenêtres aux croisées mi-closes, juste sous la toiture.

Depuis Mai 68, je suis dans le Midi. Quarante années de cette vie en Provence n'ont pas altéré mon enthousiasme, mon amour des Bouches du Rhône, ma grattitude envers ce pays béni que le tourisme de masse égratigne, mais uniquement sur les plages dont nous pouvons néanmoins jouir de six heures à neuf heures du matin. Après, il est facile de reconnaître le vacancier du provençal. Le premier reste en plein soleil pendant que le second se répand à l'ombre.



Merci la Provence.



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L
Très cher à demi mort<br /> J'aime beaucoup ce Marseille très évocateur. C'est le Marseille vibrant de lumière et de chaleur que j'ai découvert en posant mes bagages ici.<br /> La taupe à l'oeil encore vif. A demain.
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