Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
Il arrive que l'esprit s'égare au prétexte de fuir la routine quotidienne.
Où va-t-il ?
Devine ?
Il use de son élan pour voyager par delà le réel et s'affranchir du
temps, libre, tendu jusqu'à l'envie, animé par le désir et la nouveauté,
par la recherche de l'impossible et l'illusion de l'émancipation.
Il pense les sensations et se joue des sentiments, il glace les braises
et vulcanise les neiges, il touche les âmes et feint de ne pas le
savoir, il étonne les sensibilités sans le croire vraiment.
Il promène les sons sur les trains de phonèmes, il emballe les couleurs
en taches et projections, il déchire les cordes en frottant les archers,
il fait chanter le saxophone au souffle de son ardeur.
Mais aussi, il crie autour du globe les sacrilèges de l'humain déchu.
Il pleure devant les crimes et les génocides, se morfond dans les folles
utopies, espère encore qu'un sauveur s'échoue sur le rivage et dise les
mots qui ferment l'horreur.
Puis il te rejoint, là tout près, se blottit dans la quiétude de cette
proximité douillette.
Il reste un temps au seul réconfort de l'être accueillant qui lui offre
ce jardin aux senteurs de myrte et de jasmin.
Il t'embrasse et te couvre dans ce bonheur relaxant que diffuse la
chaleur de ton corps.
Il se promène entre charmes et micocouliers, juste au bord du petit
bassin où s'éclaboussent les muses qui chantent les amours.
Il baise tes jolis pieds et tient serrées tes mains pour s'enivrer des
délices de ta peau.
Il se voile pour cacher les mots, du moins ceux qu'il ne peut pas dire
tant ils seraient courts ou insignifiants.
Il disparaît.
Mais tu ressens sa présence comme s'il avait laissé son ombre auprès de toi.