Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
Elle est là ! Tout simplement là !
Elle ne dit rien, et même le silence qui l'embaume réchauffe sa présence !
Sa lente respiration creuse les formes au bas de son cou pour animer
l'emprunte de ses fines clavicules.
Ses yeux, fermés comme des voiles sur quelque intimité, attirent les regards
admiratifs dont sûrement elle sent l'acuité.
Les sourcils levés par des fils invisibles donnent à croire qu'elle s'étonne
de ces regards qui cherchent sur ses paupières les raisons de leur ardente
passion.
Ce visage souriant, ce visage candide, cette peau soyeuse qui ondule et
glisse sur les ossatures harmonieusement disposées, cette expression qui
oscille entre plaisir et questionnement, cette profonde respiration qui assure
lentement le maintien de son être, cet être même, si singulièrement scellé
à ce corps qui danse,
soulignent en abondance tout son enthousiasme à lutter pour la vie,
mais seuls s'en nourrissent ceux qui s'ouvrent.
Seul s'en nourrissent ceux qui s'ouvrent assez pour le sentir et s'en réjouir.
Elle est là ! Toute entière dans mon cœur, pas-même confuse d'y trouver
une place, comme assurée d'y avoir trouvé sa place.
Je l'embrasse et dépose une bise légère sur chacune de ses paupières
comme le ferait un grand père aimant afin de rassurer sa petite fille pour
qu'elle s'endorme en sachant qu'il en est fier.