Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
Maléfique, ton absence infiltre ma peau qui hurle sous ses brûlures vives, assaille mon dos et flagelle mes membres. Mes tissus distendus secouent cette absence qui terrorise tout mon être. Que vais-je devenir, broyé par cette vibration sourde dont toi seule anime les brins ?
Que tu me fais mal ! Ne prolonge pas ton séjour car mon âme sera consumée sous la terreur de cette monstruosité implacable, tentaculaire, dévorante, qui ne me lâche pas, tapie dans l’ombre inexistante de l’errance. Elle me guète pour détruire mes jours en grignotant mes os, aspirant mon sang vers des profondeurs indésirables et mystérieuses. Elle pénètre au plus profond de mon épiderme jusqu’à violenter mes viscères. Elle m’intime de ne plus être sinon elle-même, absence retournée sans cesse pour une quête d’un envers qui n’est pas, cruelle et vide de tout autre vivant. L’injonction m’est renouvelée perpétuellement de me fondre dans la douleur jusqu’à lui faire l’ombre d’un irréel au fond sans fond d’où nulle trace ne peut donner espoir. Au contraire, chacune me soumet à d’autres tortures comme une flèche venimeuse dont l’arc serait ce manque, bandé sans arrêt par tes soins méticuleusement dosés.
J’imagine que tu sais à quel point ta cruauté me ronge jusqu’à l’os. Mais déjà, tu vivais loin avant ton départ, et je cherchais ta présence en vain. Je cherchais ton regard mais ne trouvais que cette toise qui jugeait mes actes et mes sentiments. Je minaudais pour ton bonheur et pour ta fierté mais ne recevais qu’humiliations et insignifiantes distractions. Cependant, fatigué, distant, froid, exécrable, haineux, fourbe, menteur, pervers, tu étais là. Aujourd’hui, ton absence hurle et me hantes à me faire plier, pleurer, mourir dans ce désert de toi. Ma vie n’est plus que trace de souvenirs effacés lentement auxquels s’accroche la pensée d’un passé vrai.
Tu me maltraitais mais j’étais vivant. Maintenant, tu me maltraites mais je ne vis plus ! Je suis resté avec toi, réincarné en vide, retourné comme une peau morte dont l’image a disparue du miroir, la surface même où tu me voyais en souriant à l’adresse des marques de coups portés. Tu es un monstre d’absence, un Vaudou de la négation. Tu me faisais rire avec tes incantations et tes aiguilles mais dorénavant tu me lacères de toutes les griffes aiguisées d’un monstre invisible qui habite mon ventre et mes poumons, qui mord quand je respire, qui brûle quand je mange et bois, qui m’étouffe quand je vomis et me tétanise quand je veux hurler ma mort.
Je te hais, j’écrirai ton épitaphe en niant tes dernières volontés, comme pour moi-même :
« Mort pour rien, moi qui aimais tant ce que je n’ai jamais pu être, absent permanent ! »