Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

Publicité

L’occupation 43 : Le bûcher

  Septembre 2009

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

Effervescence autour d’un feu, rond point Zino Francescatti, devant le Parc du XXVI° centenaire de Marseille. Trois jeunes gens après avoir distribué leurs lettres respectives se sont assis sur les dalles, ont imprégné d’alcool à brûler leur longue chemise en flanelle de coton blanc et gratté chacun son allumette. C’était hier, Jeudi à quatorze heures trente, quand les enfants devraient être à l’école.

 

Sur les documents que les passants ont pu lire avant le drame, trois lettres courtes, écrites dans des styles singuliers, toutes avec ces derniers mots : « acceptez que nous choisissions de mourir avec dignité avant que l’occupant ne nous ait avilis aux yeux de tous. »

 

« Peuple de résistants marseillais, devant la progression inéluctable de la solution finale que le pouvoir entreprend, nous choisissons de ne pas souffrir d’avantage. Moi, Mahmoud Benaya, je n’ai connu que des privations depuis ma naissance, il y a vingt ans. Mon père et mes frères ainés ont été sacrifiés dans les prisons de l’occupant et les cinq dernières années passées avec ma mère et deux petites sœurs sont devenues de plus en plus épouvantables malgré nos prières régulières. Nous vivons terrés dans le sous-sol du Cazino désaffecté en face du métro La Timone. Les récents bombardements ont eu raison de la jambe droite de la petite dernière. Si Dieu veut, il aura pitié des innocents. Inch’Allah.

Acceptez que nous choisissions de mourir avec dignité... »

 

« Amis Marseillais de toutes les communautés, amis qui croyez et amis qui ne croyez pas, je souhaite mettre un terme à mon enfer quotidien. J’ai dix huit ans, je suis juif comme la famille me l’a enseigné. J’ai honte, moi Salem, de ce pays qui désire soumettre tous ses habitants à la dictature des gains. Je suis fier des résistants qui restent encore debout malgré ces quarante années de prison à ciel ouvert. Cependant je n’ai plus le courage de lutter. Déjà tout petit, je lançais des pierres sur les gardes du passage de la pomme. Adolescent, je courais avec mes camarades le long du mur jusqu’à Saint Jean du Désert, là où sa construction fut interrompue. Nous arrivions à faire de courtes escapades nocturnes jusqu’à Saint Just. Mais l’an dernier, mes copains ont sauté sur une mine, tout près des Caillols. Depuis, j’ai perdu l’innocence de la jeunesse et je ne vois qu’une chose, la brutalité infinie de l’être humain.

Je laisse mes parents pour lesquels je suis une charge puisqu’il n’y a pas de travail. Mais je suis fier d’eux parce qu’ils restent dignes devant l’adversité. Pour moi qui n’y arrive plus, j’ai choisi de partir.

Acceptez que nous choisissions de mourir avec dignité... »

 

« J’ai seize ans. Je veux partir avec mes amis pour ne plus avoir à mendier comme un gueux dans cette bande de Paca qui nous enterrera tous. Chacun peut souffrir jusqu’à ses propres limites. Qui me condamnera ? Je regretterai seulement le ciel de Marseille dont, déjà, la Bonne Mère est partie.

Acceptez que nous choisissions de mourir avec dignité... » Benjamin.

 

Quelle vie peut-on promettre aux jeunes gens dans un monde qui veut en faire des machines ?

 

Abdu m’accompagnait. Il m’a fait remarquer qu’aucun média n’était présent pour couvrir ce sacrifice volontaire. Puis il me lance, comme pour prendre du recul, mourir à petit feu, c’est moins rapide, mais le résultat est le même. Là-bas, c’est tous les jours que des vies sont consumées. L’armée, c’est la mèche, et le feu, et le bûcher. Nul n'a jamais encore vu l'occupant s'immoler !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article