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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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L’occupation 23 : Injustice

   Août 2009

 

L’occupation majeure de ce peuple est de survivre.

L’occupation de ses terres en fait un enfer depuis soixante ans.

 

 

L’hôtel de région se trouve sur le tracé du grand mur de séparation. Pour joindre l’extrémité provisoire du mur de Saint Just à celle des Chartreux, l’armée d’occupation hésite, bien que le bateau bleu du Conseil Général soit réquisitionné depuis des années !

Finalement, le bâtiment restera en dehors de l’enceinte maudite. Le mur longera la voie rapide qui arrive de la Rose, traversera le carrefour en le bloquant définitivement, et tout droit, rejoindra les chartreux avant de faire le tour des Chutes Lavies, couper le Boulevard Dada détruit récemment, longer la voie de chemin de fer jusqu’aux Arnavaux, passer entre Saint Louis et les Aygalades, puis entre Saint Henri et Le Grand Littoral pour aller couper en deux parties l’Estaques, en utilisant le tracé de la voie unique du chemin de fer jusqu’aux pentes du Rove.

 

C’est un tracé complètement arbitraire qui présente le grand avantage, pour les financiers de ne mobiliser que les espaces les plus bombardés jusque là. Une autre manière de présenter les choses est d’affirmer que les bombardements furent prémédités pour le tracé de ce fameux mur de la honte.

 

Ce qui arrivera est inéluctable : les terroristes de la nouvelle ville ceinturée ne pourront plus circuler hors de la bande de Paca. « On a les noms ! » affirment les chroniqueurs de France Invest. Ceux qui seront restés au-delà de la ceinture auront du souci à se faire car leur emploi deviendra très vite insupportable et leur demeure placée sous surveillance étroite des forces de normalisation.

 

Madjid en sait quelque chose. A Plan de Cuques, son commerce a brûlé deux jours seulement après qu’il ait égaré un tract sur la banque de la poste, lequel tract invitait à la résistance passive et non violente afin d’obliger l’occupant à respecter les lois qu’il érige lui-même. Par exemple : aucun compte bancaire n’est accessible à ceux qui ne peuvent donner les preuves de la permanence de leur habitat. Pourtant chaque soldat qui squatte sans vergogne les demeures de ceux dont ils veulent spolier les biens, s’inquiète de la réussite quotidienne de ses actions en bourse, auprès de son banquier, le Crédit de l’Armée, CA !

 

Moché a réussit à fournir de la laine dans les Hauts de Vauban, avec la complicité des dominicains de la Rue Edmond Rostand. Ses deux fils ont été enlevés le lendemain même. Depuis, aucune nouvelles ! Quand il se rend à la Préfecture afin de négocier quelques renseignements, les préposés lui réservent toujours le meilleur accueil pour lui assurer qu’ils font tout ce qu’ils peuvent pour l’aider dans ses démarches. Mais il attend toujours, et persiste dans les bureaux deux ou trois fois par semaine au risque de voir péricliter sa petite affaire de réparation des bicyclettes. Sami, heureusement l’aide dans l’atelier. Mais sa banque, du Groupe National de Paris, GNP, le fait appeler de plus en plus souvent pour ajuster les découverts.

 

     Mateo, le sage, celui qui ne dit jamais du mal de personne, assure que la situation ne s’arrangera pas de si tôt parce que les méthodes utilisées ont été expérimentées dans d’autres coins de la planète, et parce que ça marche. On peut toujours démontrer que les occupés ne veulent pas la paix puisqu’ils n’acceptent pas de courber l’échine. On prend leurs terres, on viole leurs femmes, on tue leurs enfants,  on les empèche de travailler, on les affame, ils finissent par partir et chacun s’en réjouit parce que persuadé d’avoir éliminé des terroristes ou des kamikases.
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