Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
L’entrepreneur, Monsieur, employait une main d’œuvre nombreuse pour la fabrication de papier. L’exigence des principes de solidarité lui imposait une lourde charge sur les salaires afin de créer le fond social nécessaire pour assurer cette solidarité. Pour la pérennité de cette organisation il est bien sûr évident que le nombre de travailleurs doit être suffisant au regard des nécessiteux.
Notre entrepreneur, convaincu par le modernisme et les avantages fiscaux des investissements, transforme son usine au point de produire une plus grande quantité de papier en réduisant ses effectifs de moitié. Il est donc satisfait de voir ses profits augmenter sans se préoccuper de connaître les conséquences de ses choix. Moins de travailleurs réduisent d’autant ses charges sociales. Mais dans le même temps, une partie des employés sont devenus chômeurs et nécessiteux. Le résultat est là, moins de recettes pour le fond de solidarité mais plus de dépenses. L’équilibre sera bientôt rompu.
Est-il possible de considérer que cet entrepreneur puisse s’affranchir de ses devoirs de solidarité ? Ses prochains investissements réduisent encore sa masse salariale de moitié. Très bientôt, l’usine sera entièrement automatisée. Il n’aura donc plus aucune participation à ce fond social. Pourtant, il réalise des profits qui vont croissants et souhaite encore que les siens soient bien soignés en bénéficiant des services sociaux dont il n’assure plus la pérennité.
Ce n’est plus sur la masse des salaires qu’il faut baser les recettes du fond social mais sur les plus-values réalisées par l’entrepreneur, plus-values de plus en plus aisément réalisées par les automatismes dont la puissance est sans limites, ou presque. Vu sous cet angle, le progrès par l’automatisation n’a plus cette dramatique conséquence de nuire au principe de solidarité, bien au contraire. Elle devient vraiment libératrice par ce qu’elle contribue au partage des richesses et dégage l’homme des tâches pénibles et répétitives. Ce progrès là, tout le monde en veut. L’entrepreneur par ce qu’il progressera la tête haute, et l’employé parce qu’il verra son temps de travail diminuer sensiblement de génération en génération. Simple bon sens.
La simplification du raisonnement est ici caricaturale mais elle illustre bien mon propos. La solidarité, c’est le partage des richesses. Les prélèvements sur la plus-value sont la seule mesure qui puisse satisfaire à l’organisation du partage des richesses.
Cessons de prélever sur les masses salariales. Prélevons sur la création des richesses.
Au lieu de cela, nous sommes dans le monde le plus injuste qui soit dans la mesure où les moyens ultra-puissants que donnent les progrès techniques ne servent qu’au pillage des richesses par un petit nombre et à son accélération dans des proportions jusqu’ici jamais atteintes.
Prélever un millième des bénéfices de la société pétrolière bien de chez nous suffirait au treizième mois de quatorze milliers de smicards. (Un ordre d’idée !)
Faire de même sur les quarante entreprises du CAC feraient du bien au moral de quelque cinq cent soixante milliers de smicards.
Une paille allez-vous me dire ! Pas pour ceux qui souffrent !
Mais les voyez-vous, Monsieur, ceux qui souffrent ?