La lettre m'interpelle dans sa symbolique. Son rang dans notre collection de symboles n'a rien à envier au rang des rois. Elle est la reine des symboles. Sans elle aucune symbolique ne serait
possible. C'est dire tout le respect que nous lui devons.
Comme tout événement, son importance tient à sa trace.
Quand le calligraphe prend sa plume, il marche sur ses traces.
Il la cherche à la trace et lui tend le piège du Velin pour l'attraper.
Avant que la lettre ne se marie à l'autre dans le mot, soyeux, amer ou destructeur, elle mène sa vie propre, celle que le calligraphe essaye de repérer dans l'abécédaire.
Le symbole, du mot grec Sumbolos (même sens), n'est autre qu'un objet séparé en deux parties qui peuvent s'assembler pour former l'unité d'origine, deux parties qui ont été jetées ensembles
(Sumbollein), et dont les possesseurs de chacune des parties restent éloignés. Peut-être se connaissent-ils et ignorent-ils que les deux objets se lient dans une même forme et ont un même sens.
Le symbole n'est rien sans l'existence de l'autre. Et bien sûr, que serait une lettre sans l'usage qui en est fait dans le langage qui relie les hommes ? Que serait la lettre sans le lien qu'elle
façonne avec ses pairs dans les mots.
On peut se demander par quel hasard et, dans de nombreuses langues, pourquoi la lettre "A" se trouve au rang UN.
Nous connaissons tous l'expression symbolique "l'alpha et l'oméga" que nous avons modifié en celle-ci : de "a à z". Elle exprime la notion de totalité, d'entité sans manque, de vérité sans
ombre.
Cette expression me fait penser que je ne pourrai pas tout vous dire sur le symbole. Mais à le travailler au corps avec la plume et l'encre, il se dévoile dans toute sa beauté, sans trahir son
mystère.