Je suis bouleversé. J'ai vu hier disparaître un hectare de pinède. Il faut construire quelques dizaines de maisons minables sur des terrains de cinq cent mètres carrés dont le plus gros défaut
sera la promiscuité. Mais les promoteurs et la ville s'en mettent plein les poches (société d'économie mixte !) et les gens qui se sont fait grugés d'avoir trop rêvé s'attachent aux chevilles des
boulets qu'ils devront tirer pendant trente ou quarante années à moins qu'ils ne plongent dans le surendettement.La servilité s'achète et la main d'oeuvre se précarise alors que les magnats de la
finance peuvent provoquer des crises effrayantes qui sont suceptibles de ruiner un pays entier comme cela s'est produit en Argentine. Mais là n'est pas le propos.
Certains pins avaient plus de cent ans. Ils ont été débités en douze heures enlèvement compris. La terre est nue. Les machines gigantesques devaient faire vite pour ne pas alerter les
sensibilités. Elles ont du consommer beaucoup de gaz oil, parce qu'elles n'étaient pas électriques. Les cigales le savent puisqu'elles n'ont pas chanté. La ville nous avait promis de détruire le
moins possible la fôret, selon les exigences du plan d'occupation des sols et l'aménagement du territoire.
Il faut des millénaires pour faire du pétrole. Il faut des centaines d'années pour constituer une pinède en lui évitant de brûler à chaque été. (On se demande bien pourquoi !) Il faut une journée
pour faire table rase du passé. Je pense qu'il n'est pas possible d'évaluer les blessures faire à la nature, depuis la destruction de la couche de terre supérieure, avec toute la faune, vers et
autres insectes rampants indispensables à l'équilibre du système, jusqu'aux couches profondes dont les secrets restent encore à découvrir, enfouissement des larves de cigale, prolifération des
bactéries qui régénèrent les sols ... Destruction du tissu végétal, nids, abris d'écureuils, trous de mulot, hotel à perce-oreille, résidence de fourmis, tout doit disparaître, liquidation
totale. A la benne ! Même les derniers shtroumphs, les elfs et les nains, les fées et les sorcières.
Vraiment ! Détruire une forêt n'est rien d'autre que brûler son propre habitat, scier la branche qui nous tient, nier l'équilibre qui nous protège. La ville gagne du terrain, réchauffe
l'atmosphère et lance ses tentacules sur les forêts et les champs, non pour l'enrichissement de l'être mais pour le grossissement de l'avoir.