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Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.

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Les mots de mon temps

Cher toi


J'avais vingt temps quand j'ai commencé à les perdre.
Non ! Pas les kilos ! Les temps ! Pourtant, j'en avais soigneusement cachés certains.
Celui de ma plus tendre enfance est trop bien caché. Je ne le retrouve plus.

J'ai ressorti le temps de l'école communale, avec les roudoudoux et les mistrals gagnants que nous allions acheter pour quelques centimes en nous précipitant à la fin de la classe. Les carambars à cinq centimes. Ca fait rêver !

J'ai beaucoup regardé le temps du lycée, le temps de mes premières amours, le temps des séparations quand finissent les vacances. Le temps dune caresse ! Le temps des lettres ! Le temps des courses dans la campagne ! celui des bêtises dans les bois, sur le torrent, sous les châtaigners. Le temps qui change, le temps maussade.

Il faut compter aussi le temps des arcs, le temps des lance-pierres, le temps des outils pour fendre le bois, pour tailler des crayons, pour dessiner, et le beau temps. Ah ! J'ai retrouvé le temps des premières émotions au volant de la 2 CV, puis de la 4 CV, puis de la Dauphine, de la 4 L, de la R 8, de la 203, de la 403, de la 404, de l'ID 19, de la DS 21...

Impossible de compter tous les temps cachés ! Tous les temps passés ! Tous les grands temps ! Tous les temps forts et les temps morts ! On n'a pas tout le temps !
Le temps d'un soupire, le temps du point d'orgue ! Le temps d'une ronde et celui d'une blonde ! Le temps d'un tango et le temps d'un t'en fais pas ! Pas le temps de continuer !

Il faudrait un temps fou pour en dresser la liste ! Et le temps fou, c'est comme le mistral, il ne faut pas en abuser !
C'est sans compter que je ne vous parlerai jamais de certains temps que j'ai gardé intimes, comme... Non ! Non ! Pardon !
J'en avait dix huit en 68. Alors !
C'était le moment de décider de vivre en Provence. J'ai quitté le temps gris de Paris pour un ciel meilleur. Le temps d'un coup de foudre !

J'ai soixante ans, je les ai tous perdus. Au moins mes cinquante neufs temps précédents !

Il me reste un seul temps, celui de la vieillesse.
Si je perds mon temps, il me manquera.
Si par contre je gagne du temps, je serai plus vite à la fin de mon temps.
Donc, je prends mon temps.
Je suis bien, comme l'araignée sur la toile. Elle tisse et j'écris.
J'ai le temps d'être un instant qui prolonge le temps.

L'inspire alterne avec le soupire. Saisissons-le avant le pire !
Le temps, tout prochainement, ne nous appartiendra plus. C'est déjà arrivé ! Il fut un temps !
Le temps bourrin qui plait au fifrelin !
Le temps pête qui plait à Gaspar !
Le temps pis qui sent le lait !
Le temps attendu qui ne vient jamais !
Le temps pourri qui surprend !
Le temps d'aime qui roule !
Le temps Tra cher aux asiatiques comme le temps Go !

Bon ! Aller ! J'arrête de passer du bon temps.
Je préfère le café. Pour le moment ! J'en ai encore !





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