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  • : Le blog de topotore
  • : Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 22:15

 

 

 

Le chauffeur de bus regarde dans le rétroviseur central et ne s'étonne de rien. Les enfants ramassés pour l'école et tout au fond du véhicule paraissent calmes. Pourtant, à jeter encore un coup d'œil, quelque chose le surprend maintenant. Tous les regards se tournent vers le fond du bus, mais il ne voit pas ce qui s'y passe.

 

Soudain, dans l'allée s'avance un squelette qui semble vraiment vivant.

« Mon rétro me joue des tours, se dit-il, à moins que ce ne soit une vision. »

 

Il freine doucement et se range le long de la chaussée, prend soin d'allumer le warning et lâche le volant pour se retourner. C'est alors qu'il s'effondre sur place, comme un tas d'os dont les attaches auraient lâché.

 

Ce scénario emballe les jeunes qui se mettent volontiers au travail en se penchant sur leur feuilles blanches. Ils ont une heure pour inventer une suite.

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 22:00

 

 

 

C'était un maître queue de la belle époque, portant, fier, sa blanche toque, mais parfois secoué par de vilains tics.

Au piano de sa cuisine, il faisait merveille et se jouait des difficultés à préparer plusieurs plats simultanément.

 

Un autre piano, droit et noir, l'attendait dans la salle mitoyenne, placé dans l'angle de telle sorte que nul ne pouvait le voir pianoter que de dos. Une autre toque, en astrakan cette là, bien toquée pour cacher sa tonsure, une autre queue, ici de pie, bien mise sur l'arrière du trépied, une concentration énorme, plus grande que sur le feu, le ton sûr et le doigt agile, gommaient d'un trait tous les tics observés précédemment.

 

Tous admiraient le passage de la sole mijotée sur filet de raie braisée, en cuisine, à la sarabande en sol minoré qu'il jouait volontiers en ré biaisé, dans le salon. Ce n'était pas du toc. Il troquait les pianos comme Don Juan les femmes. Il jonglait de la soupe de fève sur mie dorée à quelque farce enjouée dont il se riait au piano en mi diésé, mais toujours de dos ! Et ce, jusqu'à ce qu'un jour, un fat le surprit et mit, là, un bémol où le maître ne l'entendait pas.

Toqué, il ne put que tiquer et disparut.

 

Il disparut donc, honteux de la disconvenue qui tordit sa carrière suffisamment pour que les tics reviennent à tous les pianos en redoublant d'intensité.

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 21:54

 

 

Depuis six mois, je ne vois plus mon visage et je sens bien que j'ai perdu un œil tant le bandage est mou sous la pression de mon doigt. L'hôpital spécialisé dans le traitement de la face et des mains, me laisse une enveloppe malodorante et permanente dont nul effort parfumé ne vient à bout.

 

A bout ! Je suis à bout ! Je subis une intervention tous les quinze jours afin, dit-on, de me redonner l'aspect humain suffisant pour affronter le regard des autres. Le travail avec l'adorable psychologue m'est indispensable, au point que je ne sais pas comment ni quand pointera le terme de cette remise en forme.

C'est le mot du chirurgien plastique. Il trouve que la remise en forme correspond bien à mon tempérament de battante. Je ne doute pas que son travail soit formidable, même si j'ai bien peu de chance de me ressembler.

 

Les mots que je crie viennent de mon cœur, brûlé par la tradition, brûlé par l'ancrage aux convenances, brûlé par le bien. Mon père a sans cesse prononcé ce mot : « bien »! Je le crois sincère. « C'est pour ton bien » ! Depuis la France où nous nous sommes épanouis jusqu'à la Turquie profonde d'où il vient, jamais je ne l'ai entendu prononcer une seule critique au sujet des traditions de chaque peuple. Il en connaissait d'ailleurs bien les détails parce qu'il rencontrait beaucoup de travailleurs émigrés sur le complexe de Fos-sur-mer.

 

Quand il m'a offert ce voyage en Turquie, je savais qu'il s'était donné beaucoup de mal pour économiser en faisant des heures supplémentaires. Je rêvais souvent de découvrir ma famille dans ce pays qui suscitait mon émerveillement quand il me le décrivait. Le village entier nous attendrait, et il y aurait de nombreuses fêtes auxquelles nous assisterions.

 

Ma candeur ne m'aura jamais laissé soupçonner qu'il m'avait vendue pour une somme rondelette et que les fêtes en question célèbreraient mon mariage avec un jeune agriculteur de leur entourage. Mes quinze ans me laissaient encore l'illusion des grandes histoires d'amour comme on se les racontait entre copines du lycée. Pourtant, je me souviens qu'une jeune fille d'origine algérienne, n'était pas revenue en classe de seconde et nous la pensions heureuse de s'être mariée là-bas, sans nous douter de la violation de sa liberté, sans évoquer l'atteinte à sa dignité parce que nous n'avions que quinze ans et dans nos corps de jeune femme, les pensées des petites filles innocentes.

 

En Turquie, je me suis laissée faire. Trop d'obstacles s'opposaient à ma volonté ! Je feignis la joie et le bonheur de cette soumission absolue, tout en préparant silencieusement ma rébellion. Personne n'aurait à se plaindre de mon comportement. J'en avais décidé ainsi. De plus, le jeune homme, de huit ans mon ainé, avait de bonne manières et ne me brutalisait pas comme sa mère ou les femmes de sa famille dont chacune voulait mon « bien » comme mon père.

 

Le père ! Je comprends son attachement à la culture des siens. Mais je ne comprends pas qu'il m'ait trahie. Certes, il n'a pas fait d'études. Il ne sait pas où se trouve la limite entre le bien et le mal. Ou plutôt, il sait ce qu'on lui a inculqué, un point c'est tout. Alors que nous, en France, à l'école en particulier, nous remettons certaines valeurs en cause.

 

Je lui ai tellement dit combien je l'aimais, je l'ai tellement flatté qu'il était fier de moi. Je lui ai dit que j'aimais mon mari et l'ai assuré de mon bonheur avec l'homme qu'il avait choisi pour moi. Je lui ai même avoué avoir découvert l'amour, ce dont nous parlions entre filles sans jamais oser l'expérience.

 

Et l'homme, le père, de me faire confiance au point que j'ai pu le convaincre qu'il me faudrait aller en France pour partager mon bonheur avec mes amies et faire une fête en leur présentant mon mari. Je l'ai convaincu que je pourrais me charger de cadeaux pour mon retour en Turquie, dans mon village. Sa fierté se lisait sur son sourire et il fut convainquant auprès de toute la belle famille dont les yeux brillaient déjà à la seule idée de découvrir les cadeaux que je rapporterais de France.

 

J'ai caché mon jeu jusqu'au bout parce que je savais que c'était ma seule chance.

 

A peine avais-je posé le pied sur le sol français que je me suis échappée, transportée par la jouissance de ma liberté. Je me jetai dans la foule de l'aéroport de Marseille Provence, sans même attendre ma valise. Je m'engouffrai dans un taxi pour la grande ville et pris une petite chambre dans un hôtel caché pour passer la nuit. Mon projet s'élaborait très vite. Trouver une association, se faire héberger dans un foyer protecteur, loin d'ici, dès que possible. Je me sentais libre, gaie, surexcitée, grande et énergique. Au point que le sommeil ne m'était pas nécessaire.

 

Mon voyage en Turquie m'avait ouvert les yeux, ceux qui me manqueraient maintenant. Et je m'enfuyais vers ma nouvelle vie, loin de ces pauvres gens, ignorants, auxquels je ne reproche rien sinon d'être ignorants.

 

Je me suis débrouillée, un peu à Marseille, puis à Lyon, puis à Paris, ayant toujours à cœur d'éviter les milieux turques et leurs associations. Pourtant, enceinte, mon cœur me portait à penser à toutes ces petites filles qui allaient vivre pareille mésaventure. Et je voulais m'engager auprès d'elles afin de leur apporter la culture qui leur permettrait de voir. Ce que je ne ferai peut-être plus.

 

Et maintenant que je n'ai plus la vue, je vois le monde différemment. La haine et la vengeance sont au cœur de l'homme. Dans le petit café où je commençais à prendre mes marques, au bout de ces deux années à vivoter, un jeune homme s'est présenté un jour, de la part d'un cousin de mon père, juste pour m'annoncer son décès. Je fus stupéfaite ! En même temps que la tristesse m'envahissait je perdis toute vigilance. Je le remerciai sincèrement et lui présentai poliment mes excuses pour me laisser aller seule à mon chagrin.

 

Au sortir du petit café, je pus apercevoir cet homme qui est le père de ma fille. Il était revenu de Turquie pour sauver l'honneur de sa famille. Je l'ai aperçu juste avant qu'il ne m'asperge le visage d'acide chlorhydrique.

 

Dans six mois, peut-être, je sortirai. J'aurai dix-huit ans et toute la vie devant moi. Personne ne me reconnaîtra. Personne ne verra ma fille comme moi. Je me reconnaîtrai en elle en lui touchant le visage, et ce sera pour nous-deux le signe de notre liberté.

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 00:00

Maya sort du lycée à dix huit heure accompagnée de quelques copains et les abandonne à la Brasserie de la Butte sous le prétexte d’une petite fatigue. Elle grimpe très vite les sept étages raides qui la mènent jusqu’à sa chambre de bonne tout au fond du couloir tortueux.

Elle jette son porte-document sur la table étroite qui sert de bureau, de coiffeuse et de déserte au profit de l’égouttoir du lavabo dont la surface se fait utile pour la préparation de ses maigres repas. Puis elle se jette sur le lit et ne bouge plus.

Soudain, une image repasse devant ses yeux pourtant bien fermés. Une goutte de sang reste collée sur la pas de la porte. La vue de cette tâche, quand elle entra, n’avait rien changé à la détermination de s’affaler sur le champ. Mais cette seconde lecture de l’image est plus forte, et soulève des questions. Simultanément la tache reste sans importance comme dans un rêve et provoque une angoisse telle que Maya hésite à se lever, protégée un peu il est vrai par sa léthargie passagère. Mais sa respiration change de rythme. Ses épaules durcissent et son corps devient lourd sur le lit dur. Il lui semble que son cou est tenu par des mains puissantes qui ne veulent pas lâcher. L’angoisse est bien là ! Son corps le lui dit. Elle se tourne face dans l’oreiller pour faire le dos rond en repliant ses genoux sous sa poitrine. Des deux mains croisées sur sa nuque, elle frotte le cervelet en faisant crisser ses cheveux longs. Les coudes se plantent dans le matelas et cette position la rassure quelque peu. Elle se calme lentement.

 

Les yeux fermés, elle voit cette trace de sang. Elle se redresse brusquement pour s’assurer que le petit tiroir de la table est bien fermé. Mais non ! Il est entre-ouvert. Ce petit détail ne l’avait pas alertée quand elle est arrivée, mais il était inscrit déjà dans sa mémoire. Le questionnement murmure dans sa tête. Malgré sa fatigue, il lui faut comprendre et son regard fait le tour de la petite chambre. Aucun autre indice ne la surprend sauf peut-être le lit sur lequel elle s’était jetée de tout son poids. Elle remarque à présent que les oreillers ne sont pas placés dans l’ordre habituel. De même, la couette descend un peu sur le pied du lit. Pensant à la futilité de tous ces détails et se jugeant un peu maniaque, elle décide de faire un bon thé pour prendre un peu de recul. Mais elle se détend à nouveau, lasse, sans énergie et s’allonge sur le ventre.

 

Maya fait un bon. Mais tout à l’intérieur. Son sang, ses humeurs, son air, sa peur, tout se mélange en bouillonnement soudain alors qu’elle se tétanise jusqu’au bout des ongles. Sur son flanc droit, elle sent une pointe froide. De l’acier. Sur son cou, un poids chaud qui la plaque sur l’oreiller. Un gant de cuir. Une main puissante. Grande ! Main d’homme ! Un autre poids s’écrase sur son mollet. Puis sur les deux. Sur les fesses maintenant. Partout. L’homme la couvre entièrement. Il n’a pas parlé. Elle ne peut pas crier. La terreur ! Elle respire comme en cachette, à peine, à peine, juste assez pour garder ses esprits emmêlés. Une respiration forte et longue tout près de son oreille rend le moment lugubre. Le moment qui dure et dure encore. Elle se sent perdue. Ne pas bouger ! Ne rien faire ! Garder son cri ! L’étouffer ! Etouffer ! Tout son corps fourmille de milliers de frissons qui ne s’arrêtent pas. Elle tremble, sans l’extérioriser. Elle pleure, sans larmes. Elle hurle, sans bruit.

 

Il pèse de tout son poids et ses coudes marquent son dos. La douleur est vive, irradie jusque dans ses entrailles. Ses côtes se plient. Son bassin voudrait repousser la masse. Le ceinturon appuie trop fort sur son sacrum. Elle a l’impression qu’un éperon lui pénètre dans la chair jusqu’à l’os. Et toujours cette respiration puissante qui l’inonde de nausée. C’est trop long ! Elle n’en peut plus ! Même sa pensée n’est plus libre ! Elle n’est plus qu’une motte écrasée ! Résignée au pire ! Morte !

 

Son bras gauche pend sur le côté du lit, face à la glace de l’armoire. Elle ne peut pas le bouger. Elle n’ose pas. Le long de son bras, puis sur le coude, puis sur l’avant-bras coule doucement un liquide épais et chaud. Sa tête était tournée de ce côté. Elle l’est toujours. Elle ose ouvrir légèrement l’œil gauche pour regarder dans la glace. L’ampoule du plafonnier est éclairée. Elle est trop puissante. L’œil se referme. Rien ne se passe. Elle ouvre l’œil. Elle explore lentement. Elle se familiarise avec la lumière. Elle voit sur son bras couler de grosses gouttes rouges. Du sang ! Le poids fait mal partout. Sur ses mollets, les genoux, durs comme des pavés. Sur sa cuisse, le contenu d’une poche, comme un canon de revolver, comme... Oui ! Elle sent son érection. Un membre durcit à l’extrême, prisonnier d’une toile raide. Un jeans ! La respiration ! La respiration ? Tiens, elle ne l’entend plus. Son œil scrute l’image. L’homme fait comme un édredon tout noir au dessus de celle qu’elle ne voit qu'à peine. Il ne bouge pas. Il ne bouge plus ! Il est trop lourd !

Maya ose lever son bras. Elle redresse difficilement ses épaules. Elle reprend sa respiration, doucement. Elle retrouve ses esprits. Il ne bouge pas. Il pèse.

 

Elle tourne violemment sur sa droite en criant de toutes ses forces. Le corps roule sur le parquet entre le lit et la fenêtre. Elle crie encore. Elle crie en portant ses mains jointes sur son visage. Elle est assise face à la glace de l’armoire. Elle n’ose pas regarder le corps, derrière elle. Il est mort. Le tiroir ! Les gouttes de sang ! Que s’est-il passé ? Personne ne répond à ses cris. Il n’y a plus personne dans l’immeuble ? Elle est pétrifiée. Elle respire. Elle vomit. Ses jambes frissonnent. Le lavabo est là. Elle se bouge. Lui ne bouge plus. Elle rince son bras avec l’eau froide. Elle se passe le gant de toilette sur le visage. Elle rejette ses longs cheveux en arrière. Elle regarde le tiroir. Elle voit la trace de sang au bas de sa porte. Elle l’ouvre. Elle crie. A l’aide ! Au secours !

Il n’y a personne ! A dix huit heure trente, l’immeuble est encore vide. Les chambres de bonne sur le même palier son vides. Police ! Appeler ! Le 17 ! Le portable ! Piles vides ! Elle le met en charge sur l’unique prise de son réduit. C’est à côté de la fenêtre. Il faut tirer le cadavre. Il pèse une tonne. Elle y arrive. Il baigne dans son sang. La lame d’acier lui a traversé l’abdomen et ressort dans le dos. Elle a failli lui tomber dessus. Une cagoule noire cache le visage. Qu’est-ce qu’il faisait là ? Qui c’est ? Maya se laisse tomber sur le lit. Elle s’assied et tient sa tête. Comment je vais m’en sortir ? Surtout, ne rien toucher ! 

 

On frappe brutalement sur la porte. Il entre comme une furie. Il ! Lui ! Sébastien ! Il se précipite sur le lit et la serre et l’embrasse et l’entoure, presque jusqu à l’étouffer dans son élan.

« Tu es là. Tu n’as rien. Tu vas bien. N’ai pas peur. Je t’aime. J’ai eu tellement peur ! »

« … ! »

Son visage porte les traces de coup. Ses poignets ont gonflé. Du sang sur ses phalanges ! La poche de sa veste arrachée reste pendante. Il tremble. Il s’étreignent longuement sans un mot.

« Ne bouge pas. Ils arrivent ! Restons comme ça, assis sur le lit. Non, pas de ce côté ! Plutôt du côté de la porte. »

Du bruit dans les étages ! Les flics arrivent. Plus personne ne bouge.

 

Après une longue garde à vue, chacun de son côté, sans contact, ils se retrouvent libres. Ils s’aiment. Dans le petit tiroir, les inspecteurs ont trouvé un petit mot vite écrit sur une feuille à carreau arrachée d’un cahier de brouillon.

« Je suis fou de toi, Maya. Je te veux. Je serai ta chose. Je te rendrai heureuse. Je ne pourrai pas vivre si un autre t’aime encore. François. »

 

C’était notre meilleur copain.

Il n’avait jamais rien dit.

            - "Au tennis, parfois, il te laissait gagner. Il était si gentil !"

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 08:03

"L'arabe est mort !"

 

En gros titre sur la Une de Valras Matin, le plus petit tirage de France. Le seul à survivre à la messagerie électronique imposée dans toute la région !


Chacun pourtant connait l'Arabe.Il restait souvent, le soir, parmi les vendangeurs saisonniers, pour leur courte veillée rituelle de fin de journée. Le jour, dans sa djellaba d'un blanc étincelant, il portait aux travailleurs le thé à la menthe, ventait ses mérites et racontait quelques anecdotes de son pays. Celles dont il se souvenait encore ! Il encourageait ainsi les plus fatigués.

 

Son nom ? "L'arabe !" Sa maison ? "La maison de l'arabe !" Celle qui est tout au bout de l'impasse qui descend derrière l'église en direction des vignes. Personne ne se risque à la visiter de peur se le surprendre dans ses ablutions, cinq fois par jour, avant la prière. Derrière le petit rideau de verdure que formait la treille devant sa terrasse, juste assez large pour la table bricolée avec des planches de palettes, il disposait une ancienne cuvette émaillée pour y verser l'eau tiédie sur le feu.

 

Son sourire avait tous les jours ce parfum de bonne humeur qui restait jusqu'au soir. Ne pas le rencontrer pourtant n'avait d'importance qu'après coup, à égrainer les quelques conflits de la journée. On pensait alors : "Tiens ! Je n'ai pas eu le sourire de l'arabe, aujourd'hui !"

 

Mais ce matin là, tout le village s'affairait à réparer les dégats ! Des pluies dilluviennes avaient engrossé la Mireille, et de se répendre à chacune des faiblesses de ses rives, elle avait inondé jusqu'au plus haut du parvis de Notre Dame des Eaux.

 

Formidable pour la vie, l'eau est aussi effrayante dans sa fureur. La Mirèle, comme disait l'arabe, avait tout emporté, sa cabane en premier. A trois kilomètres, au bout des vignes, dans un buisson d'aubépines, la djellaba séchait, toute rougie de l'argile où il était retourné. Mais son sourire est resté.

 

Sur la Une, on aurait pu lire : "Il est parti, mais il nous a laissé son sourire !"

 

Quelque part en banlieue, on se recueille pour l'enfant de la cité !

 

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5 septembre 2010 7 05 /09 /septembre /2010 15:13


    Bonheur et prospérité nourrissent ses parents d’espoir et de joie, les renforcent dans leurs convictions et leur donnent l’assurance du bien fondé de leurs choix, tant sur le plan religieux que sur le plan éducatif dont les méthodes sont déjà éprouvées sur les trois aînés.

Ils sont jeunes et souhaitent une descendance nombreuse, (peut-être !) La naissance du quatrième laisse perplexe quand à l’usage des conseils du docteur O. De plus un an uniquement s’écoule juste avant la naissance d’une petite fille qui prendra beaucoup de place.

La mère, super active et entreprenante, ne peut pas allaiter toutes les bouches et prépare en hâte les biberons que chacun devra très vite apprendre à maîtriser tout seul.

 

    Tout seul ! Voilà bien une expression qui résonne dans son cœur. Quand il a deux ans, sa sœur aînée en a trois et demi, et la cadette en a un. Il est donc bien entouré mais pourtant, il aime jouer tout seul. Tout seul sur le tapis de la salle de jeux qu’il transforme en réseau routier pour y pousser ses autos. On dit qu’il est très sage et comme la petite sœur n’a de cesse de réclamer la présence maternelle, il est seul et ne pose aucun problème à tel point que sa mère oublie parfois l’heure du repas. Le père travaille. Il n’est pas là !

 

    Oui, l’histoire est banale. Cependant, elle est vécue de façon singulière. Le petit garçon devient très imaginatif. Tout ce qu’il touche est démonté, disséqué, transformé. Le grand lit devient trampoline et les sauts parfois dangereux. L’armoire devient montagne inaccessible ou grotte secrète. Chaque jouet devient animal ou fantôme ou s’assemble avec d’autres comme un mécano. D’ailleurs, mécano il y a, ainsi que des vieux restes de train électrique, jouets de son père qui ne fonctionnent jamais bien. Il reste tout seul, sage, avec les objets qui n’intéressent pas les deux petites sœurs et pendant que les trois grands font déjà du vélo.

 

    Banale, heureuse, sans soucis, sans occasion justifiée de se plaindre, la vie dorée ! Certes ! Avec juste un petit rien d’idéologie sévère : « vous n’avez aucune raison de vous plaindre, il y a tant de malheureux ailleurs ! »

 

    Le primaire lui laisse un souvenir merveilleux ; sa maîtresse avait tenu à suivre les élèves, ses enfants (parce qu’elle restait jeune fille !), pendant les trois années qui précédaient la sixième. Une vraie famille de substitution où pleurs et craintes pouvaient s’exprimer jusqu’à être entendues. Une famille où la valeur individuelle comptait comme ingrédient singulier de la valeur collective des petits groupes en compétition ludique. Accrochée au mur, une grande reproduction en plan des jeux du cirque romain sur laquelle s’avançaient tout au long de l’année des chars aux couleurs de chacune des équipes dont l’arrivée se faisait sur un mouchoir de poche.

 

    Le secondaire n’était plus un jeu. Le latin demandait un apprentissage sans compréhension. Singulier, pluriel, passe encore, mais génitif, datif, quid ?

    En cinquième, sa mue témoigne des agitations hormonales et le prof de lettres le prend en grippe. Il tombe malade de cette bizarre affection rhumatismale des articulations, RAA. Au hasard de sa sensibilité, genoux ! (Je-nous !) coudes ! (Coups de ?) poignets, (poids niais ! ou nié !) chevilles, charpente, ossature, équilibre ! handicap ! Fini la gymnastique ! Exempté ! Réformé !

 

    Punition ! Pénicilline dans les fesses ! C’est la mère qui le pique !

Dans sa chambre du second étage, il se retrouve seul. Souvent allongé, attentif aux bruits de pas sur l’escalier de bois. Pourvu que sa mère n’ait pas l’idée de venir le voir ! Surtout, qu’elle oublie la piqûre ! Ne rien demander ! Se faire oublier !

    Un soir, les larmes viennent remuer son cœur, et la piqûre terminée, sa mère veut lui apprendre à prier la vierge marie.

    « Fais le toi-même si tu la connais. Moi, je ne la connais pas. » Et ses larmes disent le reste que sa mère n’entend pas.

    Le garçon rêve d’une maman câline, avec une bonne poitrine où blottir sa tête et se réconforter, une maman qui sente bon et qui passe la main dans les cheveux au lieu de raconter des salades. Il aurait aimé une main qui écoute, une main qui sait les paroles du cœur, une main qui recueille les larmes.

    Mais ses mains piquent comme pour recoudre sans cesse ce qui se déchire encore.

 

    Dans sa tour, le petit gars démonte ses Dinky Toys pour leur faire des suspensions à roues indépendantes. Sa DS 19 devient la reine des dénivelés faits d’empilages de papier. Mais son papa ne voit jamais. Il n’a pas même regardé. Il n’a jamais apprécié ou alors il n’a pu oser le dire. Il doit être ailleurs.

 

    Plus tard, après avoir redoublé cette horrible cinquième, on lui a donne le vélo du frère aîné. Il s’empresse de le mettre en pièce jusqu’au moindre élément du roulement à bille pour une rénovation complète et comme pour se l’approprier vraiment. Toute pièce est nettoyée, graissée, remontée et l’objet devient si performant que le garçon se gonfle d’aller au lycée bien plus vite qu’en autobus. Mais son père n’a toujours rien vu. Il n’a pas félicité. Il n’a pas encouragé. Il n’a pas admiré. D’ailleurs, jamais le père ne prend l’enfant par la main pour l’inviter à partager une activité autre que tondre la pelouse, désherber une allée ou gâcher quelques pelles de mortier à des fins de réparation. Quel gâchis !

 

    Bientôt, le jeune adolescent préfère jouer au flipper dans les bars au lieu de rentrer à la maison. Et la punition est là. On lui vole son vélo. Mais punition pour avoir joué dans le bar ou pour n’avoir pas donné assez de valeur au vélo qu’il n’a pas attaché ? Punition pour l’enfant ou pour le père ? On va dire : les deux, mon général mais ça ne fait pas avancer le chmilblick.

 

    Cet homme là, il se croit encore parfois rien du tout, ou alors d’autres fois un dieu. Mais il n’a pas vraiment de baromètre pour mesurer la tendance, ni la règle pour établir son échelle de valeurs. Il est faible et sensible quand les autres le décrivent monstre froid. Il est monstrueux quand il raconte un bout de son émotion. Les rares fois où il ose dévoiler un pan de ses intimités douloureuses, il se blinde pour encaisser les quolibets.

 

    Il entend les pleurs de toutes les solitudes. Il marche dans son désert au même rythme que les ombres qui l’accompagnent, seul vers sa compagne de toujours, la solitude qui n’a de cesse de reculer en l’invitant comme une sirène irrésistible. Son issue n’aura surpris personne. Dans son désert plein d’autres qui ne l’ont pas vu, il se fait transparent. Il a peur et dans ses derniers pas, même sa peur ne le voit plus parce qu’il est l’ombre de lui-même.

 

    Il a écrit son épitaphe. « A l’ombre de sa solitude, seul, ayant trouvé l’éphémère, il disparaît. »

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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 15:14

 

 

Les jours monotones se promènent et broutent l’habitude. Aux Deux Margots, le ronron bourdonne de tous les amis qui butinent. Il réjouit la banquette qui s’ébroue entre deux miaulements calembouresques. Ma présence à la mécanique bien rodée s’accorde à leur attitude de penseur qui sent le parfum du bon goût de Saint Germain des Pieds.

Serge se plaint de ne faire que piètre poète alors que ses chansons pétillent de délicatesse. Simone et Yves prolongent leurs baisers en narrant les ébats qu’ils usèrent dans leur dernier tournage filmeux. Jean Saul me regarde mais n’a d’œil que pour Juliette, la muse du tout rive gauche bien que l’autre restât coincé vers Simone de Faudravoir. Celle-ci fait une de ses gueules qu’elle croit jouer à savoir cacher. Mais leur petit croche-croche fait jeu d’enfants sous l’unique pied des tables bistrotées.

Ah ! Il manque un personnage ami, mais je ne sais pas lequel !

 

Ce soir, le quarante sixième jour de févendre, je prendrai ma trompinette au sortir de son bain de sels d’or, l’objet seul qui sache me ravir la vedette même si… Même si l’imaginaire me ravit aussi, et très souvent, tout autant que la musiquette. Mais je suis muet, chose rare. Je pensomme. Ne faire rien est vain, comme faire, d’ailleurs vain tout aussi, sauf que faire la guère est bien pire encore ! Mais rester à se rincer ici de mots et de gorgées, pour enfin dire tout le rire qu’ils nous font, demande sa dosette de lâcheté sous une pincée de sel de couardise.

Je ne suis pas là dans mon train de sentiments car j’ai pour longue habitude de ne pas laisser les autres organiser mes voyages. J’ai tout bien rangé dans la maliette que j’ai hissée sur le haut du filet, dans ce compartiment surchargé. Même assis parmi les six amis qui se serrent sur la longue banquette verte et tremblante, je peux me reculer pour prendre sur le vif les gesticulatoires du pré. Je les saisis plus que les mots qui se pressent et se tressent en nattes de raphia où se posent et se reposent les miens avant d’être inhumés sur l’hôtel du conversatoire.

 

Si ! Si ! Je m’amuse du bruit des museaux et des frissons de l’oreille ! Mais les jours se promènent en chapelet sans pouvoir oser, jamais, les rangs par deux où leurs bras en gestières synchrones pourraient être dessus-dessous. Ces jours successifs bouillonnent légèrement au rythme des vagues et parfois écument aux couleurs des sels numérotisés qui épicent leur clarté. L’homme n’y prend pas garde, ni à son tour ni au tour du rôle. Jean Saul Partre est par trop affairé à tirer les brins de son essentielle théorie, tellement pelotée qu’elle n’aura jamais fini de nous plonger en situation à l’isme de sa loghorrée. Sa petite prinçounette légère rit de tout et minaudine au rond des tables, appréciant d’être choyée. Elle prône la liberté, le libre-été et le liberrantisme. Mais à l’inverse ne pouvant s’empêcher d’occulper chaque genoux, elle butine de mâle en mâle et s’y pose avec ce qu’elle a de si joliment cultivé. Mais à ce tant pré-ci, là même où je suis et la suis, je me pose la question de mon aptitude à quelque psychanalyserie qui nous abaiserait au raz des pâquerettes !

 

Je ne peux adhérer à leur fichtre de communisme parce que j’aime trop la musique, maîtresse toujours à portée de clé qu’aucun silence n’endort. Si je dois parler un jour sans fin à l’un de ces consultatifs analystiques où chacun se fait un joyeux plaisir à règliquider son silence, je commencerai par dire combien la trompette m‘aime et ce sera là curieuse fàcheuserie d’entrer en amour transféré pour s’en dépêtrer chèrement.

 

Quelques mots se précipitent sur mon petit carniquet à couverture cartonnée qui me présente ses traits tirés depuis la nuit pareille de la veille. Il est vert (le rouge les aurait fait sourire). La maladie me surprend à me faire cette remarque, non sans ironie, que je la souligne presque à chaque paginette. Il est certain que la grande forme ne m’habille pas et que mon sciensavoir ne m’aidera pas pour affronter les résultats que les médecins de la Salpêtrière durent me déclatter à la figure. Moi ! Je me sais foutu personnage ! Mais les autres n’ont pas l’idée de ce que je crains. Ils continuent à jouer leur rôle et rifortent de leurs dents et de leurs astuces jusqu’au soir où tous viendront à la Cave Saint Germain pour écouter notre jazz sans cesse renouvelépété.

 

Sous l’écume pourtant, au delà des rires gronde la vague. Je suis dans la peur, je le confuse là, exceptionnellement. Brassens, parmi tous mes pots, est le seul à savoir ce qui me traverse mais il a le goût, excellent, de ne pas en parler. Lui, ainsi qu’Aragon le bougon, discrétionnent affectueusement sur ce point pour ne pas déranger mon intime. J’apprécie !

 

Les murmures m’encerclent, chaleurisent mes membres d’une chaleur qui ne se dit pas, d’une agréable chaudiesse dont la richesse est d’exister pour celui seul qui la sent. Me souvenise alors ma mère, pas trop spécialiste de tendresses, mais dont la présence arrosait mes prés. Nul besoin de dire son soutien efficace. Ma faiblesse physique ainsi que mes crises me fatiguaient. Elles l’intimaient à cette présence discrétionnée jusqu’à l’encouragement. Ni ma scolarité domiciliaire, ni mes études mathématicaires, ni mes frasques jeune-hommesques, ni les bizarreries musicalesques ou peinturelesques de moi-même et de mes amis, ni même ces quelques conquêtines superficielles ne l’auraient dérangée. Sa fierté pour ses enfants ne pouvait vaciller. Quand à mon père, rentier heureux, il se disbossait en permanence pour nous encourager sur notre chemin. Aussi suis-je toujours perfectionnant, écœuré de l’inéluctable finitude des choses, aussi parfaites soient-elles.

 

Mais cette fois, point de perfection ! La honte d’être humain et je le sérieudis ici pour de bon, honte d’être humain avec justement cette pointe d’inhumanité qui fait le sel de la mousse en surface évanouissante.

 

Ah ! La personne qui manquait ! Claude Paudel, celui qui oppose aux situations les arguments majeurs, ceux-là même qui poussent à la redébattue jusqu’au soir tard. Un vrai pataphysicien ne s’y trompe pas !

 

Je ne sais si je serai publiqué dans le cas où je termine ces pages sur l’inquiétude d’être humain ! Mais c’est égal ! Il ne faut pas que je m’en inquiète ! Que je me pense plutôt en train de voler plus haut, dans les sphères imaginaires afin d’y puiser les ressources profondes dont j’aurai besoin ce soir, aux lèvres de la belle trompinette ! L’improvision demande rigueur et fantaisie, deux objets volants identifiés qu’il faut décocher bien haut. Je vole sur la falaise et personne ne me rattrape sauf cet imbécile de Montant qui me tape la manche pour une cigarette. Il aurait pu tirer la cigarette sans autre gestidiotie puisque le paquet restait posé sur la table sous laquelle il bougeait les pieds de la rebelle. Je glisse alors sur le chaud de l’air jusqu’au sable fin de la plage qui s’échappe à mesure de mon approche. Je m’envole doucement jusque dans la poche de mon veston, cintré sur la chaise, car j’avais laissé ma place à Paudel sur la banquinette verte et miaulinante. J’y ai fourré la main et cru sentir un petit crabe me pincer le doigt. Mais non ! La petite boite d’allumeuses était restée entrouverte, c’était tout !

 

Je les vois tous à rire comme si j’avais mis un nez de clown et je décide ce jour là de mourir. Non ! Ce n’est pas mettre un terme au chapelet de mes jours ! C’est décider de partir aujourd’hui à penser qu’il ne reste à vivre que des jours sans fin sur lesquels danse une écume légère et salée d’une pointe d’inhumanité. J’ai appris plus tard que les rires s’adressaient au beau Serge qui racontait une histoire en gesticulant à la Reggiani, sa casquette à bout de bras jusqu’au fameux baiser sur le front de Casque d’Or, baiser qui fit à Yves une grosse torsion de jalouserie au point que les rires se firent moqueurs, soutenus par les remarques percusionnantes de la polémiqueuse de Faudravoir.

 

Ils se sont tu à l’entrée de Jacques et de Jeannine Prévert sur le coup de la diseptaine heure. Lui, fait alors sauter l’ambiance en bulles fines par quelques uns des ses derniers poèmes enthousiasmarrants.

 

J’ai pris congé du groupe sourieux afin de retrouver mes amis musiciens dans la Cave Saint Germain. Une toute autre ambiance ! Ce passage me rappelait, présence exquise d’un souveureunir délicat, quand je quittais ma mère et nos joyeux jeux de cartes pour rejoindre mon père et sa fougue contagieuse, fiévreuse même. Contagiévreuse ! Simplement !

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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 22:55

 

Enfin ! J’y suis ! Cette petite terrasse naturelle va me permettre de caler la moto ! Lisbonne est loin, mais je fuis sur l’instant toute rêverie pour préparer mon campement. Les deux jerricans de réserve restent bien accrochés malgré la longue route chaotique à travers la steppe ! Il est seize heure et je suis moulu. Je décharge la minuscule remorque et dresse la tente.

Ah ! les plateaux de Mongolie ! Ces étendues verdoyantes à perte de vue ! Ces immensités vallonnées comme le creux des reins des jeunes étudiantes qui passaient devant ma fenêtre ! Je me sens tout petit et m’imagine déjà marchant vers les montagnes qui se dressent au loin. Je ne rencontrerai personne et j’aurai la chance peut-être d’apercevoir un troupeau de petits chevaux sauvages. Je me laisserai rouler sur les pentes douces, dans l’herbe du printemps. Demain !

Pour le moment, je vois combien le soir descend vite en regardant les sommets déchirer le ciel pour voiler le couchant. Mon camp est prêt et je vais savourer un Bolino, le premier de toute ma vie, avec une jouissance feutrée à découvrir ce spectacle grandiose auquel j’avais tant rêvé. En tailleur sur la natte et bien pelotonné dans ma chaude polaire, je contemple le spectacle et me surprend à compter les sommets qui animent le ciel rougeoyant. L’air est bon, frais, vivifiant. Il me lance des effluves d’herbes humides, des odeurs de petit rongeur, sûrement traqués par le grand aigle que je voyais tourner très haut, des cris de bêtes que je ne peux reconnaître. Mon attention se mobilise dans tous les sens et j’ai vraiment l’impression de vivre comme un enfant curieux de tout. Je déguste cette boisson qui, en poudre, déshydratée, me paraissait insignifiante. Mais ici, en Mongolie sauvage, isolé du monde, les moindres choses prennent une importance insoupçonnée.

 

Le noir du ciel descend comme une mousseline légère et glacée, laissant apparaître un ciel constellé de points lumineux pétillants, jusqu’à cette voie lactée qui présente ici une densité si forte qu’elle me sert d’éclairage malgré l’absence de lune. Mais on m’a dit que le froid serait féroce ces jours-ci, d’autant plus que le vent ne tarderait pas à se lever. A cette altitude, le temps change en quelques minutes. Par prudence, je cale ma tente avec quelques grosses pierres arrachée à la prairie avec difficulté. A peine ai-je terminé qu’une bourrasque subite emporte mon toit et fait tomber la moto sur le flanc. Je serre la grande cape dont je m’étais revêtu et m’allonge rapidement au sol pour ne pas décoller. En fermant les yeux, j’entends le souffle des rafales qui essayent de tondre les herbes et poussent mon petit réchaud à gaz qui roule sur les pentes en sautant sur les obstacles. Heureusement, j’ai eu juste le temps d’accrocher à mon bras les lanières de mon sac, le seul bien qui me reste. Deux petites bêtes que je prends pour des renards viennent me renifler avant de détaler. La situation n’est pas brillante. Je décide de creuser un trou pour m'y glisser, et de jeter la terre contre le vent espérant m’en protéger un peu. Mais je dois vite abandonner, ma petite pelle pliante curieusement nommée pelle de survie, n’ayant aucune puissance pour creuser cette terre gelée. Comme tout ce que je peux faire à cet instant, je trouve cela dérisoire face aux éléments qui se montrent de plus en plus menaçants.

 

Le ciel s’assombrit. Plus une étoile ne scintille. La pluie se met à tomber, comme la température. Bientôt, la pluie dépasse tout ce que j’avais imaginé. Les gouttes me paraissent énormes et me frappent à l’horizontale, comme projetée par une batterie de lances à incendie. Je suis trempé en quelques instants et ne sais plus quelle décision prendre.

Charger ce qui me reste, et repartir en moto ? Impossible ! Me perdre dans l’immensité de la steppe ! Le téléphone ? C’était un portable. C’est devenu un jetable ! Marcher pour éviter de geler sur place ? Marcher. C’est ma seule issue ! Ma seule chance ! Je dois marcher !

 

Je n’ai pas le choix ! Je dois marcher en tournant le dos au vent, capuche relevée même si l’eau la traverse. La lampe de poche étanche ne servira qu’en cas d’urgence. Mes yeux s’habitueront quelque peu au noir ! On peut tout au moins le croire ! Je me sens seul ! Pourtant, je suis habitué au noir ! Terré dans mon petit réduit de Lisbonne avec une faible ampoule, je ne pouvais que m’habituer à la faible luminosité. Le soleil ne venait jamais frapper ma fenêtre...

 

Je marche avec précaution, courbé jusqu’à pouvoir poser les mains au sol, les genoux fléchis pour vaincre chaque coup de vent mouillé, relevant sans cesse ma capuche sur le gros bonnet, mouillé aussi. J’ai fini pas attacher le tout avec une des sangles de mon sac en la faisant passer sur mon front. Je marche et je compte les pas. Machinalement ! Je ne pense à rien d’autre qu’à marcher en évitant de tomber. Ce qui me guide, ce n’est pas une direction mais la seule force de la pluie que je ne pourrais pas regarder en face. Je n’ai d’autre choix que de lui présenter mon dos recourbé !

 

Dix huit mille pas ! Rien n’a changé ! J’ai toujours froid, mais je suis vivant ! Je suis transi, trempé à cœur ! Trente six mille pas ! Peut-être une vingtaine de kilomètres. Le jour se lève avec peine et pourtant, le paysage semble immuable. Tout au moins, le peu que j’arrive à voir. Je trébuche souvent ! Je chute ! Je chute et je parts ! Ensuite, je ne sais plus !

 

A mon réveil, j’entends hennir quelques chevaux. Des odeurs m’agressent. Mes vêtements ont changés, et je me sens au sec. Je suis dans une yourte et quelqu’un, de dos, s’affaire sur un vieux poêle. Que ça sent mauvais ! Des enfants me regardent en souriant.

 

« Ils m’ont tiré d’affaire ! » C’est une phrase que nous disait souvent le directeur du lycée quand il racontait des épopées de sa résistance clandestine. « Vous m’avez tiré d’affaire, mon cher comptable ! Je ne saurai jamais comment vous remercier !

Un jour, moi, j’avais su. Je lui avait demandé un congé sans solde afin de participer à un concours. Je regrette maintenant de m’être laissé embobiné par cette émission de télé ! En effet, je me sens redevable et je vais apprendre à vivre cette vie de nomade en Mongolie pour les remercier de m’avoir sauvé. Ce n’est pas de conte dont j’avais rêvé !

 

Si je m’écoutais, enfin ! Si je le pouvais !Je reprendrais bien ma petite vie confinée, bien au chaud avec mes amis les chiffres. J’attendrais les beaux jours pour lever le nez sur les jolies courbes de reins qui défilent devant ma petite fenêtre.

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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 19:03

 

 

 

Il revient au printemps, comme le brame du cerf, rut au feu de la passion, juste au coin de la nouvelle lune presque sur le point de découper l’écran noir de la nuit.

La lutte est forte, verbale seulement, pour l’instant. Chaque petit carreau de la haute croisée feint de céder dans un tonnerre de vibrations graves. Sous le gros piano noir, une petite fille apeurée ! C’est le quatrième volet d’une aventure odieuse dont elle veut oublier les scènes précédentes.

Lui, comme retenu sous l’effort d’une contention invisible, a fait porter sa lourde malle dans le séjour luxueux. Sa carrure étonne et chacun suppose que, si sa force accompagne sa brutalité, mieux vaut alors s’éclipser. C’est justement ce que fait la lune, à peine visible comme un fil de lumière qui se courbe derrière le bois d’une branche. C’est aussi ce que fait sa femme. Elle s’enferme dans la chambre aux rideaux bleus, celle qui donne sur la cour.

Mascara par terre, le cœur secoué par des soubresauts amples et irréguliers, assise sur le bord du lit, bras ballants et mains abandonnées comme épuisées par l’échec au combat, Sandra prend la décision de prendre une décision. Plus jamais ça ! Se dit-elle, se souvenant l’avoir déjà dit !

 

« J’ai passé six mois en mer. Tu peux comprendre ? Six mois ! Ouvre cette porte ! » Sa voix traverse la Rue Paradis faisant croiser des persiennes sur les balcons d’en face. Dessous, au troisième, le volume sonore de la télé augmente. Mais l’impression de silence environnant force la petite fille à se recroqueviller dans sa chemise de nuit, les mains serrées contre ses oreilles. Il y a six mois, sa mère avait cédé, mais rien n’avait calmé le marin. Une phrase lui reste en mémoire. Une phrase qu’elle ne comprend pas malgré ses sept ans ! « Pourquoi tu fais la morte ? » Et son inquiétude y répond. « Je ne veux pas que Maman fasse la morte. » Ses pleurs restent silencieux pour ne pas attirer la colère du père. Anaïs se cache, disparaît.

 

« Ouvre moi cette porte ou tout le quartier va savoir que tu vas vers ton amant pendant mon absence ! » Reprend cette voix qui résonne jusqu’à la place Delibes. Mais Sandra prend le temps de sa décision, le regard perdu dans les rideaux bleus, bleus comme la mer qui les perd.

 

« Ouvre moi ou je fracasse la petite ! » Hurle-t-il soudain !

 

La porte s’ouvre immédiatement. « Jamais ça ! Tu m’entends, jamais ça ! Crie Sandra en furie. Tu dépasses les bornes et ma décision est prise. Tu en as trop dit ! Je te crois capable de tout maintenant. Je n’ai plus confiance. Ne lève plus la main sur elle, plus jamais, jamais ! »

 

Hervé, de toute sa force la contraint dans ses bras et n’écoute même pas ce qu’elle dit. Il la serre très fort jusqu’à ce qu’elle étouffe. Poussée jusqu’au lit, jetée comme un chiffon, Sandra reprend lentement sa respiration et tient ses cotes douloureuses de ses deux mains tremblantes en voyant bouger les rideaux bleus. « D’accord, dit-elle, tu as gagné. Mais j’ai besoin de prendre une petite douche pour récupérer, me sentir propre et douce. Calmons-nous, pour la petite ! Elle doit être terrorisée ! Je vais mettre les dessous qui te plaisent ! »

 

Sandra se lève délicatement et se dirige vers la salle de bain. Elle prend soin de ne pas s’enfermer pour que le bruit du loquet ne le mette pas en colère. Sous la douche, Sandra prend son temps, le temps d’une décision à prendre.

 

L’homme, impatient, entre sans bruit dans la salle de bain et regarde Sandra, devine ses formes au travers des vitrages dépolis et se réjouit de son excitation. Mais sa respiration le trahit et Sandra connaît ses intentions. Faisant mine de ne pas l’avoir entendu, sûre de son coup, Sandra fait coulisser les portes de douche et laisse approcher Hervé qui ne se contient plus. D’un brusque mouvement du genou gauche dans le bas-ventre, Sandra stoppe son élan et l’homme se tord de douleur en s’effondrant dans la douche. Rapidement, le robinet d’eau chaude est ouvert en grand et l’époux abandonné dans ses violents ébats avec lui-même, cherchant sa respiration.

 

Le temps de composer le 17 sur le combiné mobile, de prendre la petite par la main et de sortir sur le palier en ayant pris soin d’attraper un peignoir au passage, Sandra se retrouve derrière la porte qu’elle ferme à clef. Dans l’appareil, elle décline son adresse et sonne chez la voisine pour un accueil chaleureux, l’habitude aidant.

.

« Entre vite ! J’ai entendu les cris et je me suis préparée ! Mais comment t’as fait pour lui échapper ? » Sandra lui montre les deux trousseaux de clefs qu’elle tient dans les mains. « La serrure de sécurité ne s’ouvre qu’avec la clef, même de l’intérieur. On a un peu de répit. »  

 

 

Quand la police arrive sur les lieux, Sandra se montre et leur explique tout. Les clefs leur sont tendues comme pour leur demander d’ouvrir eux-mêmes la porte. L’officier s’en charge et s’étonne d’entendre l’eau couler. Hervé prend sa douche et malgré quelques douleurs mal placées, il sifflote comme si de rien n’était. Le policier étonné s’en retourne interpeller Sandra qui comprend très vite que sa parole alimente déjà la suspicion. Heureusement, la voisine soutient ses propos et témoigne avoir entendu des cris, tout comme les trois premières fois. Anaïs s’avance vers le policier, toute craintive. « Papa, il aime tellement fort qu’il nous étouffe. Et tout à l’heure, quand Maman a dit qu’elle avait pris sa décision, il l’a serrée si fort qu’elle était presque morte. Mais avant, il avait dit qu’il voulait me fracasser !»

 

L’eau coule toujours dans la douche. Mais les sifflotements ont cessé. Pendant ces quelques moments de discussion dans l’entrée, Hervé est mort. Une longue coupure du poignet gauche l’avait vidé de son sang. Quand on a relevé son corps, une lame de rasoir restait collée à la faïence.

 

 En garde à vue, Sandra garde espoir de ressortir très vite. Sa fille s’entend bien avec la voisine qui la dorlote jusqu’à son retour. Elle ne regrette pas d’avoir pris sa décision. C’est ce qui a précipité les choses. De toute façon, elle s’en serrait séparée, ne pouvant plus supporter ses agressions.

Anaïs n’a pas tout compris, mais elle comprendra plus tard que la soumission est une solution impossible, toujours et partout.

 

Le petit trait de lune joue encore entre les branches du platane, dans la Rue Paradis. Anaïs se met au piano pour faire plaisir à ses enfants et la Grand-mère, Sandra, sourit en essuyant une petite larme que personne n’a remarquée, sauf son gendre, aussi attentionné que discret. Il rentre à peine de son boulot, place Estrangin, et lui sert déjà un petit apéritif, sans rien dire.

 

Parfois, le silence des mots soulage. Chacun imagine que l’autre à tout saisi, mais loin s’en faut ! Et c’est bien ainsi ! La profondeur de l’être reste ainsi mystérieuse ! Anaïs n’était pas sa fille et lui avait toujours feint de ne pas le savoir !

 

 

 

 

 

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 23:05

 

 

Je me suis allongé dans l’herbe pour laisser vaquer mon esprit pendant la petite sieste d’été. Les pentes du Morvan présentent en permanence de merveilleux tapis d’herbes fraîches et les rares occasions pour s’y reposer ne se refusent pas, c'est-à-dire quand elle n’est pas mouillée. Entre deux roches rondes de granit, je me trouve protégé de la petite brise comme du regard des autres promeneurs. La petite veste pliée sous ma tête rend ma position confortable et le sommeil me visite sans pour autant s’installer chez moi pour de bon. Les idées passent et se succèdent, pourtant mon attention ne leur porte aucun intérêt. Mais il me semble que l’une d’elles revient avec insistance. « Quand même ! Je te trouve un peu lourd ! » Un grand décroché de la mâchoire m’indique que je suis en train de bailler, événement ordinaire si rien ne vient perturber la scène, mais là j’entends nettement cette voix sortir de terre : « Vraiment, tu es un peu lourd ! Avant j’en aurai souri, mais je suis devenu bien plus fragile ! Et maintenant, j’ai vraiment l’impression d’être enterré une seconde fois ! » L’habitude des idées folles me laisse le plus souvent bien tranquillement attelé à ma tâche, surtout quand il s’agit de la sieste, mais cette voix semble insister encore : « Dis-moi ! Tu n’es pas du genre à te compromettre en concession, toi ! Si la seule sieste te rend inerte à ce point, qu’en sera-t-il quand tu seras sous terre ? Tu seras de marbre ! Remarque, ton épitaphe me paraît toute faite ! « Inerte de son vivant, de marbre dorénavant ! » Bon ! Tu ne réponds pas ? Pourtant, tu ne pourras pas longtemps confondre ta voix intérieure avec ma voix d’outre-tombe. Je suis là depuis plus de soixante ans alors que tu n’a pas vingt cinq ans. Dégage un peu l’herbe et tu trouveras mon nom gravé sur le granit. Je te préviens, il vaudrait mieux que tu ne le découvres pas ! »

 

Mon interrogation devint subitement bien réelle. J’ai beau travailler à la découverte des mystères de l’inconscient, je crois toucher tout à coup quelque chose du réel, qui plus est, du réel qu’il me faut découvrir, d’un réel qui sollicite la fouille. Ce n’est pas la bière qui altère mes facultés, ni la peur des fantômes. Mais cette fois, elle me provoque, cette voix venue d’ailleurs. De toute manière, ça tombe bien. Il faut que je fasse un peu de ménage dans ma tête. J’ai idée qu’il faut s’adapter aux circonstances. Et la première des choses, c’est d’oser croire que la situation est bien réelle. Ca parle depuis le fond de la terre, là en dessous de moi. Alors !

 

Je suis les conseils et gratte un peu l’herbe qui cache le granit. Je découvre un nom, en effet. Jean Marcelin. A quelque chose près, c’est comme mon nom ! Bernard Marchevain. Une mystérieuse affaire trouble mon imaginaire. C’est comme si des souvenirs très anciens sortaient d’un épais brouillard. Une odeur de sapin les accompagnaient, avec, en fond, cette odeur des petits bonbons au miel et à l’eucalyptus. Et là, comme si j’y étais, je revois une bonne vieille paysanne s’étirer tant qu’elle pouvait pour atteindre l’étagère que nous fixions des yeux dans l’espoir qu’elle trouverait la boîte de bonbons. Mais le plus souvent, elle appelait : « Marcelin, vins don m’aider à crocheter c’te boête ! » avec des « r » bien roulés, morvandiots. Et là, je me redis cette phrase en insistant sur le Marcelin ! « Marcelin » qu’elle disait ! Je l’entends encore ! Sa voix un peu nasillarde ne laissait aucune chance au Bernard. Ah ! Ben tiens, v’la qu’son prénom, y’m’revient maintenant ! C’est que j’l’ai souvent entendu dire par mes parents. Et puis y disaient aussi qu’les gosses y pouvaient ben y aller mais qu’y z’y mettraient plus les pieds, eux. Ben j’m’demande ben pourquoi ? Eh ! V’la qu’reprends l’accent ! Pourtant j’étions tout ch’tiot. J’avions pas plus de cinq ans. Ah ! Mais j’les aimais bien les bonbons !

 

Le Bernard ! Il se remet à parler. « Dis ! T’es parti dans tes souvenirs ? Tu me parles plus depuis un bon moment ! Tu es grand, maintenant. Tu peux bien savoir la vérité. Ton père, c’était mon fils. Oh ! Ca fait pas longtemps qu’il est arrivé par là, les pieds en avant. Je ne l’avais pas revu de son vivant. Mais là, dans son joli bois de chêne, il m’a semblé tout à fait détendu, au point que je ne l’ai pas cru au tout début. Tellement calme ! Alors qu’il ne tenait pas en place ! Tu peux me croire ! Il tient beaucoup de place mais il n’est pas bavard. Oh ! Ca va venir. Ca va faire comme pour ta mère. On ne peut plus l’arrêter. Le soir, c’est elle qui anime les veillées. Oui ! Nous aussi, on veille les morts ! Ce qu’il y a, c’est qu’on ne peut plus danser. On se mettrait vite en vrac, comme un jeu de mikado ! Mais je te dis ça pace que j’étais un bon vivant, et j’aimais bien jouer avec les femmes. Et avec ta mère, un jour, je suis allé un peu loin ! On ne s’est pas forcé. C’est venu tout seul après une fête un peu gaie au village. Et je crois que ta mère avait été un peu déçu par ton père. Toujours est-il que l’alcool aidant, et sa beauté m’éblouissant, nous avons roulé un peu dans le foin jusqu’à trop tard. Et ta petite sœur, c’est peut-être ma fille au lieu de la fille de ton père. Tu me diras, on se ressemble. Mais tout de même, ça n’a fait que jeter le trouble et c’est la raison de leur bouderie qui a duré toue la vie. Ils n’ont plus jamais voulu me revoir. Ils étaient fâchés au point qu’ils ne voulaient pas porter mon nom. C’est la raison pour laquelle tu te nommes Marchevain. Je t’ai tout dit. Tu connais ton grand-père et tu ne pourras plus jamais croire à ce que te disent les copains parce que tu as marché jusqu’à la vérité. Tu ne marches pas en vain ! Je ne désespère pas de te retrouver un jour ! Aller ! Bonne journée ! »

 

Il s’est retourné, comme il a du se retourner si souvent, tant de fois banni et critiqué de toute sa famille pour une vilaine soirée où la pulsion voulut gagner. Le plus incroyable, c’est que je cherche son nom gravé dans le granit, mais en vain ! Je suis sûr de ne pas l’avoir inventé, ce nom ! Pourtant, il a disparu !

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