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  • : Le blog de topotore
  • : Les mots invitent à leur traduction afin d'entrevoir sur le mode singulier de chacun cet "au-delà de la langue" si étonnant. La poésie illumine cette frontière.
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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 15:53

 

 

Ouf ! La coupe lui fut offerte par cette adorable jeune femme tout de rouge vêtue et blonde à souhait. "La bise ! La bise !" Scandaient les copains sur le stand improvisé. Mais l'hésitation de cette fraction de seconde ne passa pas inaperçue.

Dans le journal local, la "Une" soulèvera ce fait peu habituel. "Valse hésitation pour le gagnant sans visage !"

Le chroniqueur précisait que "si le héros cagoulé n'avait tendu le bras pour serrer la belle, la bise lui aurait été soufflée." (...) "Visiblement surprise de cet empressement, la jolie femme trébuchait à son retour dans les coulisses avec un sourire très éclairé par sa dentition magnifique."

 

Lui se nommait Ernesto. Mais ce nom célèbre ne dévoilait rien de son identité. Il sonnait un peu latino alors que le jeune homme parlait plutôt avec l'accent belge à chaque fois qu'il donnait la réplique, ce qui était rare. Par contre, tous ceux qui l'eurent approché témoignaient d'un parfum envoûtant qui aurait tendance à rendre euphorique son entourage. C'était à tel point que le "parfum d'Ernesto" l'accompagnait et souvent le précédait à chaque article de presse publié."

"Tout à coup, nous avons senti le parfum d'Ernesto et découvert qu'il roulait dans son tout nouveau bolide, la fenêtre ouverte jusqu'au portique de départ." Lu dans la Gazette du Mont Ventoux.

Et la suite ! "Ernesto auréolé de son aura parfumée n'aura pas seulement gagné la course de côte. Il aura envoûté les admiratrices et lancé à ses trousses bon nombre de sponsors potentiels qui désiraient faire fortune et lui offriraient l'auréole du futur." Il faut dire qu'à Grasse ils ne manquaient pas, ces parfumeurs. Le journal leur appartenait. " Ce soir encore, Ernesto serrait la belle pour une bise méritée. Elle s'en retournait toute émue pour s'abandonner dans les bras de ses camarades."

 

J'étais de trop petite taille pour tenir le rôle des hôtesses, mais j'avais su me servir de ma tête pour approcher le mystère. Je remarquais avant chaque départ, que les pilotes préparaient soigneusement leur merveille et cachaient avec soins les ateliers mécaniques où s'activait toute l'équipe, sous une tente gigantesque.

J'épinglai ma carte de presse sur ma chemisette légère et déboutonnais les premiers boutons jusqu'à ces avantageuses formes que les hommes apprécient tant. J'évitai le parfum trop prégnant et me contentais d'une simple eau de Cologne pour me sentir fraîche. Je peaufinais mon discours afin de leur donner confiance et qu'ils ne suspectent aucunement des intentions de piratage technique. De toute manière, je n'y connaissais rien et la mécanique ne m'intéressait pas. (Hum ! Je parle des voitures !)

Les cheveux mi-courts, un peu abandonnés au vent, la petite mèche flottante sur le front qui troublait parfois mon regard, les sandales fines avec les lanières à la romaines qui remontaient sur le mollet soigneusement épilé, la chemisette jaune canari quelque peu transparente, mais en contre-jour seulement, la mini-jupe en jean sombre qui m'allait si bien quand elle se posait sur mes hanches étroites, une discrète chaîne dorée avec ce tout petit médaillon qu'il fallait approcher pour en découvrir la symbolique, la carte de presse bien positionnée, toute cette panoplie de la jeune journaliste débutante ne serait rien sans le bel appareil numérique et son gros zoom qui pouvait saisir en rafale un grand nombre de clichés, sa grande lanière pour jouer la bandoulière fatale sur fond de décolleté désinvolte.

-"Ecoute, je n'y connais rien, mon sujet c'est juste le plaisir que vous éprouvez à travailler ensemble dans une équipe qui gagne. C'est le lien qui s'est tissé entre vous jusqu'à ce que vos performances atteignent les sommets. Voilà ! Les relations humaines dans un si petit univers ! D'ailleurs, j'ai besoin de vous pour me présenter à vos collègues." C'est ainsi que j'avais approché le premier barrage.

-"Mademoiselle, vous me paraissez si menue ! Vous savez, c'est un monde très, très macho !" Hésitait le garde, du haut de sa démesure athlétique.

-"Justement ! D'une part, j'ai besoin de votre protection. Vous êtes bien agent de sécurité, non ? D'autre part, je sais que les machos ne sont pas tous des brutes. Je suis même sûre qu'il y a des âmes sensibles !"

Je savais que j'avais fait mouche. Je sentais qu'il me protégeait déjà et qu'il serait fier de me présenter sous la tente. Son regard discret sur ma poitrine avait ému ses pointes et le tissu ne cachait rien de ces émotions.

Il n'a pas hésité. Il a fait signe à son voisin de garder la place et j'ai senti son bras lourd sur l'épaule qui donnait une grande impression de sécurité. Il en profitait pour laisser discrètement descendre sa main sur la peau de mon bras, à cheval sur l'ourlet de la manche, il est vrai très courte. Je tournai la tête et levai les yeux vers son visage pour lui adresser un large sourire de remerciement.

-"Qui c'est ?" Lui adressa un chef avec le plat de sa main tendue pour nous faire face. Sa casquette saturée de transpiration s'égouttait sur le dos par la visière collée sur la nuque.

-"T'inquiète ! Cette jolie journaliste n'y connaît rien ! Elle veut l'équipe, c'est tout !" (Là, je fus obligée de reprendre au vol. Ses propos prêtaient à confusion !)

-"Je souhaite présenter l'équipe qui gagne. Mes clichés devront montrer les liens qui vous rassemblent dans une  aventure si merveilleuse !"

 

Le contre-jour de toute évidence avait son importance. L'homme fit un pas de côté pour se saisir d'une casquette propre et regarder les transparences.

-"Pipo ! Elle n'est pas charmante ?" Demanda l'agent de sécurité en me plaçant dans la lumière que laissait filtrer le pan de drap qui fermait l’entrée, et qu’il tenait à bout de bras le plus haut possible.

-"Oui ! Aller ! Je m'en occupe !" Marmonna le chef avec le geste du revers de sa main qui remit l'agent à sa place.

 

Pipo passa une main dans ses cheveux trempés en soulevant sa casquette de l'autre. Il fit mine de réfléchir mais se soutenait plus de son plaisir à me regarder que de la probabilité de mon reportage. Je fis bien attention de ne pas observer l'atelier par les ouvertures que laissaient les rideaux et minaudait comme une candide.

-"Vous permettez que je me présente et vous explique le but de mon reportage ?" (Il ne pouvait dire oui et non. Il lui fallut choisir. Et sa réponse me confortait dans la stratégie adoptée.)

-"On ne peut sûrement rien vous refuser ! Vous le demandez avec tant de charme !"

J'ai vu un "s" s'accrocher au dernier mot. Aussi ai-je fait le petit geste de soulever l'appareil photo pour dégager la lanière et celui qui suivit tout naturellement de replacer un peu la chemisette autour du bouton sous tension. Je souris à penser que rarement bouton n’avait tant d’importance. Pipo hocha la tête comme s’il regrettait mon geste !

Je laissai de côté l'objectif de ma visite, Ernesto et son mystère, pour me centrer en grande professionnelle sur l'équipe.

-"Je suis Sophie Savante, et mon thème de prédilection, c'est précisément la vie des petits groupes qui avancent dans une mission singulière. Vous préparez une nouvelle victoire sur cette étape du rallye, comment sentez-vous l'équipe ?" Avançai-je sur le ton très simple qui convenait pour un début d'apprivoisement et l’ouverture la plus large possible. Mais l’ouverture l’engageait vers d’autres préoccupations !

-"Justement, l'équipe est sur les dents et je crains que votre visite ne provoque sinon quelque retard du moins certaines perturbations ! Je ne peux moi-même, mais c'est pas l'envie qui me manque, vous accorder que des tout petits instants." Il s'éloignait en me faisant signe de rester en place.

 

Surgit Ernesto qui l’appelait sans arrêt : "Pipo, Pipo, Pipo !" Son parfum m'emprisonna. Je souriais mais sans savoir quelle part de naturel s'y introduisait et pensais à ma bonne étoile. Je baissai les yeux, m'assis sur la caisse abandonnée là pour moi. Je tirai sur ma jupe, décidément bien courte, et fis mine de m'occuper de mon objectif numérique alors que j'étais déjà saisie par mon objectif sensoriel. (Un objectif a toujours plusieurs fonctions !)

J'eus l'idée de faire comme si je renonçais à mon reportage. Je remis le zoom en bandoulière, me levai en adoptant une cambrure maximale, et bien sûr, Ernesto me retint. Sa main chaude prit mon coude. Il me tournait amicalement vers lui, ce qui dégageait mon col et faisait briller la petite chaîne dorée que j'avais eu raison de mettre. Il se pencha et je cru qu'il allait me couvrir de baisers. (Partout ! Je m’égarai !)

-"Mais c'est Saint Christophe, sur le médaillon. Mon protecteur !"

 

Je croyais qu'il parlait pour faire diversion. Sa cagoule blanche laissait paraître ses grands yeux clairs et le début de quelques cicatrices sur les sourcils. Un autre trou montrait ses lèvres finement dessinées et son large sourire que soulignait une dentition parfaite, refaite ai-je suspecté à ce moment là sans oublier de noter que son accent belge paraissait bien léger, comparé à l'accent de Pipo.

Je me serais bien rapprochée de lui tant l'ambiance était aimable, mais une soudaine poussée de vigilance me rappela que ma visite devait lever un voile sur un mystère et que le but n'était pas de tomber dans je ne sais quel piège. Quoique, après tout ! Il y a des pièges dans lesquels on peut regretter de n’être pas tombée.

 

Pipo revint avec une pochette de documents de grande taille. Il éclaira un panneau mural pour me présenter des radios.

Il m'a semblé dès cet instant avoir tout compris et ma compassion s'adressait déjà au grand miraculé. Les radios étaient insoutenables et je me sentais défaillir mais le parfum vint à mon secours pour que néanmoins l'homme sans visage fût visible, en-visagé. La mâchoire éclatée en mille miettes formait un collier autour du cou. Les tempes, les joues, le front ! Fracturés dans tous les sens !

-"Il y a déjà cinq ans que cet accident nous unit, tous les deux. L'équipe ne tient que parce que nous en sommes les piliers."

Pipo rangeait les documents. J'avais envie de les embrasser. Ils me donnaient plus que ce à quoi je m'attendais. Ils m'entouraient chacun d'un côté et je désirais les embrasser.
Et puis, après tout ! Je pourrais bien les embrasser ! Un battement de cil aurait suffit !

- "Pipo, c'est moi, et Ernesto, c'est lui !" Je ne compris pas. Je les embrassais tous les deux. Ils me serraient affectueusement. J’aurai voulu que le bouton cède !

- " Sophie, tu es la seule journaliste à partager notre secret." dit Ernesto, ou peut-être Pipo.

- " Il ne peut plus conduire. Et chaque course, c'est moi qui la gagne. Mais lui et moi, c'est pareil. Nous échangeons parfum et cagoule, juste pour la course.

Je ne savais plus qui parlait. Mais peu m'importait. Je me sentais bien dans leurs bras.
Oubliés le numérique, le reportage, le stratagème, le décolleté, le médaillon, les petits souliers. Après tout, j'étais si bien dans leurs bras. Je me perdais dans leur parfum !

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15 juillet 2009 3 15 /07 /juillet /2009 11:55

Une toute petite séquence érotique !

Le menuet anime ses jambes menues d’habitude serrées sous sa jupe, muettes et timides, résistantes à toute manifestation de compliments. « Tes jambes gagneraient à bouger, si fines et si joliment dessinées ! » Là, perchées sur la pointe de ses pieds ciselés, chacune échappe à la chaude proximité de sa jumelle pour s’égayer aux douces amplitudes du menuet. Ses mollets nus se contractent dans leur ascension vers le genoux, un peu fiers de cette sensuelle exhibition. Pliés pour se saluer, emportés comme par un rire élégamment contenu, ses genoux abondent en révérences semblant acquiescer chacun au nouveau jeu de l’autre. Les délicates rotules forment de petits cœurs tendus sur le front tandis qu’au creux poplité s’étirent deux légers tendons qui soulignent un contour subtile comme nuque soyeuse. Menuet léger ! Menuet tendu ! Menuet charmant ! Menuet dansé ! Les jolies formes cadencent le pas !

 

Le goût du plaisir frissonne sur la peau. La ronde ancienne ajoute au charme des gestes féminins. La jupe, même si ses dimensions chantent la présence de notre temps et soulignent la forme effilée de ses cuisses, s’accroche à la main gauche sur un long doigt détaché, remonte le long de la peau satinée vers le très haut point de flexion du fémur qui respire sa libération. La cuisse paraît longue, longue, fragile et pourtant assurée de son succès.

 

Cette admirable jambe gauche si souvent gardée secrète se libère en contorsions et explorations qu’un menuet désuet autorise aujourd’hui. Du bout des doigts ou de la brosse, quel peintre bouderait les délices d’un tel trait à traverser la toile ?

 

Trop de regards te griffent, ma chérie, et moi-même je m’enivre à t’admirer. Que se termine la scène ou je ne réponds plus de rien ! Tes pieds seuls, déchaussés, libérés, m’invitent aux baisers les plus fous. Tes chevilles délacées, tes interminables jambes aériennes, ta cuisse et la courte dentelle de tes dessous qui flirtent avec nos yeux ! Détails trop fins pour émotion trop forte !

 

« Arrêtez la musique ! »

 

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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 21:09
    Je caresse le coussin de velours rouge qu'elle tient sur son ventre et le rouge semble avoir un effet sur elle sans que nous puissions en deviner les conséquences. Son parfum me fait rêver et nos mains se rejoignent sur un coin de velours. Une sensation de chaleur, de quiétude nous entoure. Ses bas soyeux glissent vers ses chevilles, une main, comme un petit reptile aura glissé sur sa peau rafraîchie, la mienne sûrement. Son accord tacite me surprend.
   
    Des ondulations simultanées attisent nos feux dans une sereine confiance, en progression lente. Je lui parle en chuchotements. "Comme ta peau est douce !"
   
    La pointe de ses seins s'érige sous le léger coton de son chemisier au moment ou je penche la tête vers son cou qui s'allonge sous mes baisers. Je respire intensément quand la jeune femme accélère le mouvement de ses doigts dans mes cheveux. Sur mon dos, ses caresses signent les invitations à notre rencontre, à notre ivresse, à notre offre. Je déboutonne  son chemisier en ayant soin de saisir l'acquiescement discret que libère son souffle embaumé et le gonflement de sa poitrine. Le coussin descend sur son bassin. Mes lèvres piétinent sur ses courbes envoûtantes et sautillent depuis le lobe de ses oreilles jusqu'aux mamelons dressés comme les sentinelles du jardin des trésors, du chemin des promesses.
   
    Humides de cette moiteur de l'amour, surprenante réaction qui marque l'ardeur d'une forte pression dans mes membres inférieurs, mes mains découvrent ses hanches. Mes bras font glisser le coussin. Je me mets à genoux pour reculer l'instant de ses investigations, pour augmenter ses désirs, pour les entendre et prendre la mesure de leur profondeur. Enveloppantes, entreprenantes, réchauffantes, mes mains accompagnent ses mouvements de sirène dans les ondes amples comme au fond d'un bleu outremer. Sa peau frissonne sous mes baisers. Ses doigts se dispersent sur ma nuque et les miens sur le bas de son ventre. Son buste se cambre et ses jambes se relâchent, invitant à l'extase dans le dessin d'une rencontre imminente. Ses longs cheveux flottent au delà des limites du sofa, son torse épouse les courbes de l'accoudoir, toutes les touches irrisent le velouté de sa peau. Son visage abandonne un sourir de béatitude.
   
    Je chuchote : "Enlace moi. Serre moi fort contre tes seins. Laisse tes jambes à l'ouverture de tes lèvres."
   
    Mes doigts se font insectes ou papillons qui butinent le miel de la fleur, légèrement, jusqu'à ce qu'elle s'épanouisse. Nos respirations se soutiennent de ce désir que nous sentons avancer sur la pointe des pieds. Mon érection souffle le chaud sur ses vapeurs iodées. Ses mains délicates m'entraînent vers le plus secret de son corps et nos murmures retenus deviennent comme des petites plaintes saccadées qui rythment la synchronisation de nos corps.

    Nous sommes enlacés à rouler sur la moquette et ses reins retrouvent le velours du coussin qui ajoute à cette cambrure sublime la force rouge de son abandon.
   
    La belle s'épanouit sous les mouvements appuyés de mes reins, les yeux perdus dans un ciel mystérieux. Nos membres s'embrasent et se consument dans l'étreinte de toutes les amplitudes.
   
    Envolée, noyade, jaillissement de l'inspiration et du souffle rauque de l'extase. Ses bras me serrent encore. Son étreinte me bouleverse. Ses ongles me lacèrent. Même Eros s'étonnerait de notre frénésie soutenue, s'arrêterait pour nous encourager.

    J'ai cru entendre ma compagne : "encore, encore !" Mais je doute de moi et me persuade : "encore, encore !" et je tombe à la renverse, exténué, cherchant ma respiration entre deux spasmes de bonheur.
   
    Les peaux semblent dialoguer dans la chaleur et les soubresauts. Entre ses seins, son coeur bat comme un tambour joyeux. Ses lèvres tremblent sous le bout de mes doigts aimantés. L'effleurement l'envahit. L'amour serre encore ses cuisses sur mes chairs émues.
   
    Elle se relâche maintenant sur mon corps et j'aime à sentir  l'odeur de son amour. Nos jambes se remercient dans un entrelacs dansé. Ses baisers hérissent mes poils et son doux regard me dit les "je t'aime" que nous ne disons pas.

    Je garde tout, même le coussin rouge. Oui ! Je garde tout !
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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 10:49

Prends-moi. Je ne te vois pas mais je sens bien ta respiration, ton hésitation. Tu regardes derrière moi comme pour te renseigner sur mon passé, comme pour découvrir une logique à ta surprise. Tes mains sont chaudes, peut-être laissent-elles deviner une inquiétude et la curiosité devant ce gros point d’interrogation qui surcharge tes images. Là, tu vois une situation dont toi-même aurais été le héros malchanceux. Tu espères la revivre avec moi, comme une sorte de feedback sur le scénario, afin de modifier si possible sa chute dans une ambiance qui te serait encore plus favorable. Je suis glacé rien qu’à l’idée que tu puisses faire de moi une raison de te satisfaire. J’espérais tellement que tu m’apprécierais pour ce que je suis vraiment, tout simplement. Mais c’est mon destin, c’est le destin de tous ceux qui me ressemblent.


On s’en sert. On dit aux autres, pour se faire mousser : « Oh ! J’ai trouvé enfin ce que je cherchais. Je m’y retrouvais tellement que je n’ai pas dormi de la nuit. Je l’ai tourné, retourné dans tous les sens. J’en ai jouis comme jamais. Je l’ai effeuillé tout doucement, en déposant mille baisers partout afin de me l’approprier, jusqu’à qu’il soit imprégné de mon odeur. J’ai couché dessus, j’ai glissé dessous, je l’ai pénétré par moment avec douceur, à d’autres violemment. Il a poussé ma curiosité à son comble. J’éprouverais même une extrême jalousie à la seule idée que tu puisses le toucher… Bon j’y retourne. Je crois que je l’aime au point de devenir accro ! »


C’est d’un érotisme incroyable. Pourtant il se cache. Je ne sais pas vraiment à qui j’ai à faire. Je sens cette intrigue permanente qui m’invite à la découverte plus avant. Non, il n’est pas vierge. J’ai repéré quelques traces apparues comme de petites cicatrices bien droites. Elles restent dans un coin, discrètes et complices. D’autres l’ont aimé avant moi. Je le serre fort contre ma poitrine. Mes petits mamelons durcissent à me transmettre un long frisson dans le dos. Par moment il se ferme. Il ne bronche pas. Mais je sais qu’il me regarde. Je sais qu’il me devine. Je sais qu’il me connaît et que son abandon est aussi motivé par une dose de crainte, une petite peur. Il sait que je brûle. Je sais qu’il va brûler. Il sait que je vais le dévorer. Je sais qu’il va disparaître. Il sait que je vais le pénétrer encore. Je sais qu’il va plier, comme pour se fondre en moi. Il sait que je vais aussi m’en imprégner. Je sais qu’il en a envie. Je vais le prendre. Il va me prendre. Nous allons nous emmêler pour ne faire qu’un nœud d’amour virevoltant dans l’air, criant sans réserve, éclatant par tous les orifices de notre joie et de notre plaisir. Je le dévore sans réfléchir. Je bois les paroles qu’il ne dit pas.


Il me dit avale-moi, bois, suce tout ce que je suis, miel, sucre, épice, folie. Lis-moi au delà des mots. Tranche dans le vif. Plante tes griffes dans mes chairs, jusqu’à ma vie. Découpe mon cœur et déguste mon sang. Il me dit qu’il coule. Il me dit qu’il est fontaine intarissable. Il me rafraîchit. Il me réchauffe. Il m’aime. Tous ses trous, tous ses manques, tous ses vides me remplissent d’excitation. Son silence même comble ma sensualité. Il est si jeune et pourtant déjà si mature. Je ne sais plus ce que je dis. Je sais ses mots. Il ne parle pas. Il me parle. Il n’écrit pas. Il est écrit. "Je" est écrit. C’est moi. Pas en miroir ! C’est moi !


Je n’en peux plus ! Je ne veux pas que vous le connaissiez. Je ne veux pas qu’un autre le touche. Je veux le garder. Je l’ai dans la peau. Je brûle. Je le brûle.

Les flammes nous dévoilent tous les deux dans le un qui se consume. C’était notre seule issue.


Dans les cendres, on a retrouvé un point d’interrogation en relief. Une petite bague noircie posait sur la boucle du point. Sur le côté de la scène macabre, les traces d’une boite d’allumettes. Dans une petite crique des Calanques, sur une roche plate, c’est la deuxième victime de l’ouvrage, introuvable chez les libraires. Ca commence comme ça, par la fin.

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